Littérature française

 

 

 

27 décembre 1921

 

« On a dit que je cours après ma jeunesse. Il est vrai. Et pas seulement après la mienne. Plus encore que la beauté, la jeunesse m’attire, et d’un irrésistible attrait. Je crois que la vérité est en elle ; je crois qu’elle a toujours raison contre nous. Je crois que, loin de chercher à l’instruire, c’est d’elle que nous, les aînés, nous devons chercher l’instruction. Et je sais bien que la jeunesse est capable d’erreurs ; je sais que notre rôle à nous est de la prévenir de notre mieux ; mais je crois que souvent, en voulant préserver la jeunesse, on l’empêche. Je crois que chaque génération nouvelle arrive chargée d’un message et qu’elle le doit délivrer ; notre rôle est d’aider à cette délivrance. Je crois que ce que l’on appelle « expérience » n’est souvent que de la fatigue inavouée, de la résignation, du déboire. Je crois vraie, tragiquement vraie, cette phrase d’Alfred de Vigny, souvent citée, qui paraît simple seulement quand on la cite sans la comprendre : « Une belle vie, c’est une pensée de la jeunesse réalisée dans l’âge mûr. » (…)

Il est bien peu de mes contemporains qui soient restés fidèles à leur jeunesse. Ils ont presque tous transigé. C’est ce qu’ils appellent « se laisser instruire par la vie ». La vérité qui était en eux, ils l’ont reniée. Les vérités d’emprunt sont celles à quoi l’on se cramponne le plus fortement, et d’autant plus qu’elles demeurent étrangères à notre être intime. Il faut beaucoup plus de précaution pour délivrer son propre message, beaucoup plus de hardiesse et de prudence, que pour donner son adhésion et ajouter sa voix à un parti déjà constitué. De là cette accusation d’indécision, d’incertitude, que certains me jettent à la tête, précisément parce que j’ai cru que c’est à soi-même surtout qu’il importe de rester fidèle. »

 

 

 

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