L’amant et la dame
Christine de Pizan sait que l’amour est toujours fragile et menacé : d’abord parce que la vie ne tient qu’à un fil (lorsqu’elle avait 23 ans, son mari est parti en déplacement professionnel et il n’est jamais revenu -mort de maladie), mais aussi parce que l’amour est un état instable dont la durée est incertaine.
Orthographe modernisée. Notes : Littératurefrançaise.net
—Ma dame, adieu vous viens dire,
Baisez-moi au départir
Et m’accolez, Dieu vous mire
Vos biens, et sans repentir
M’aimez, maitresse et amie,
Mon cœur laisse en vo demoure.
Pour Dieu, ne m’oubliez mie,
Ma douce loyale amour.
—Ha ! Doux ami, oncques pire
Deuil n’eus autre, sans mentir,
Car mon cœur sent tel martyre
Qu’il est aucques au partir.
Ce départ me rend blémie,
Et de mourir, en cremour,
Pour Dieu, ne m’oubliez mie,
Ma douce loyale amour.
—Hé ! Belle dame, suffire
Doit ce deuil, plus consentir
Ne le pourrais ; ôtez l’ire
Qui vous fait ce mal sentir,
De pitié tout enfremie.
Je reviendrai sans demour.
Pour Dieu, ne m’oubliez mie,
Ma douce loyale amour.
—Adieu te dis, suis demi
Morte ; n’en verrai retour.
Pour Dieu, ne m’oubliez mie,
Ma douce loyale amour.
Christine de Pizan, Cent ballades d’amant et de dame.
© 2025 Matthieu Binder.
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