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Vers dorés

 

Nerval aimait et connaissait bien la poésie de la Renaissance, qui précède une vision du monde plus scientifique d’où les esprits et les petits dieux seront délogés. On peut penser aux nymphes et aux faunes de Ronsard !

Eh quoi ! tout est sensible !

Pythagore.

 

 

 

Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

 

Respecte dans la bête un esprit agissant :

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

Un mystère d’amour dans le métal repose ;

« Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.

 

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie :

À la matière même un verbe est attaché…

Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

 

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;

Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

 

***

 

Gérard de Nerval, Les Chimères, 1854.

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