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La Colonie

Abandonné sur une île, un groupe d’hommes et de femmes doit inventer son propre gouvernement. Décidées à en finir avec la domination masculine, les femmes décident d’arracher toutes les formes de leur servitude.

Extrait de la scène 5.

LINA

Pourquoi donc le maltraitez-vous, ma mère ? Est-ce que vous ne voulez plus qu’il m’aime, ou qu’il m’épouse ?

MADAME SORBIN

Non, ma fille, nous sommes dans une occurrence où l’amour n’est plus qu’un sot.

LINA

Hélas ! quel dommage !

ARTHÉNICE

Et le mariage, tel qu’il a été jusqu’ici, n’est plus aussi qu’une pure servitude que nous abolissons, ma belle enfant ; car il faut bien la mettre un peu au fait pour la consoler.

LINA

Abolir le mariage ! Et que mettra-t-on à la place ?

MADAME SORBIN

Rien.

LINA

Cela est bien court.

ARTHÉNICE

Vous savez, Lina, que les femmes jusqu’ici ont toujours été soumises à leurs maris.

LINA

Oui, Madame, c’est une coutume qui n’empêche pas l’amour.

MADAME SORBIN

Je te défends l’amour.

LINA

Quand il y est, comment l’ôter ? Je ne l’ai pas pris ; c’est lui qui m’a prise, et puis je ne refuse pas la soumission.

MADAME SORBIN

Comment soumise, petite âme de servante, jour de Dieu ! soumise, cela peut-il sortir de la bouche d’une femme ? Que je ne vous entende plus proférer cette horreur-là, apprenez que nous nous révoltons.

 

***

 

Marivaux, La Colonie, Scène 5.