Littérature française

Andromaque

 

Nous sommes en Grèce, quelques temps après la guerre de Troie. Achille a tué Hector et traîné son cadavre à un char autour des murs de Troie pendant la guerre. La femme d’Hector, Andromaque, est maintenant captive chez le fils d’Achille, Pyrrhus, sorte de criminel de guerre avant la lettre. Pyrrhus devait épouser Hermione mais tombe fou amoureux d’Andromaque. Désespoir d’Hermione !

 

 

Acte IV, scène 5 (extrait)

 

PYRRHUS

 …Nos cœurs n’étaient point faits dépendants l’un de l’autre ;

Je suivais mon devoir, et vous cédiez au vôtre.

Rien ne vous engageait à m’aimer en effet.

 

HERMIONE.

Je ne t’ai point aimé, cruel ? Qu’ai-je donc fait ?

J’ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes ;

Je t’ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;

J’y suis encor, malgré tes infidélités,

Et malgré tous mes Grecs honteux de mes bontés.

Je leur ai commandé de cacher mon injure ;

J’attendais en secret le retour d’un parjure ;

J’ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,

Tu me rapporterais un cœur qui m’était dû.

Je t’aimais inconstant, qu’aurais-je fait fidèle ?

Et même en ce moment où ta bouche cruelle

Vient si tranquillement m’annoncer le trépas,

Ingrat, je doute encor si je ne t’aime pas.

Mais, Seigneur, S’il le faut, si le ciel en colère

Réserve à d’autres yeux la gloire de vous plaire,

Achevez votre hymen, j’y consens. Mais du moins

Ne forcez pas mes yeux d’en être les témoins.

Pour la dernière fois je vous parle peut-être :

Différez-le d’un jour ; demain vous serez maître.

Vous ne répondez point ? Perfide, je le voi,

Tu comptes les moments que tu perds avec moi !

Ton cœur, impatient de revoir ta Troyenne,

Ne souffre qu’à regret qu’un autre t’entretienne.

Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux.

Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces lieux :

Va lui jurer la foi que tu m’avais jurée,

Va profaner des Dieux la majesté sacrée.

Ces Dieux, ces justes Dieux n’auront pas oublié

Que les mêmes serments avec moi t’ont lié.

Porte aux pieds des autels ce cœur qui m’abandonne ;

Va, cours. Mais crains encor d’y trouver Hermione.

 

 

 

Jean Racine, Andromaque (1667)

 

 

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