Littérature française

Britannicus

 

Comme souvent chez Racine, la tragédie se déploie à partir d’un triangle amoureux. Néron, empereur en herbe, fait arrêter Junie, la maîtresse de son demi-frère Britannicus, pour des raisons politiques. Mais Néron s’éprend de Junie, d’un amour où entre un appétit de pouvoir qui deviendra démentiel.

 

 

Acte II, scène 2 (extrait)

 

NÉRON.

 

Excité d’un désir curieux,

Cette nuit je l’ai vue arriver en ces lieux,

Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,

Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes :

Belle, sans ornements, dans le simple appareil

D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.

Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,

Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,

Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs

Relevaient de ses yeux les timides douceurs.

Quoi qu’il en soit, ravi d’une si belle vue,

J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue :

Immobile, saisi d’un long étonnement.

Je l’ai laissé passer dans son appartement.

J’ai passé dans le mien. C’est là que solitaire,

De son image en vain j’ai voulu me distraire :

Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler ;

J’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler.

Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;

J’employais les soupirs, et même la menace.

Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,

Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour.

 

 

 

Jean Racine, Britannicus (1669)

 

 

 

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