Littérature française

Fagon, premier médecin du Roi

 

 

Tome 1, chapitre 7.

 

« Fagon était un des beaux et des bons esprits de l’Europe, curieux de tout ce qui avait trait à son métier, grand botaniste, bon chimiste, habile connaisseur en chirurgie, excellent médecin et grand praticien. Il savait d’ailleurs beaucoup ; point de meilleur physicien que lui ; il entendait même bien les différentes parties des mathématiques. Très désintéressé, ami ardent, mais ennemi qui ne pardonnait point, il aimait la vertu, l’honneur, la valeur, la science, l’application, le mérite, et chercha toujours à l’appuyer sans autre cause ni liaison, et à tomber aussi rudement sur tout ce qui s’y opposait, que si on lui eût été personnellement contraire. Dangereux aussi parce qu’il se prévenait très-aisément en toutes choses, quoique fort éclairé, et qu’une fois prévenu, il ne revenait presque jamais ; mais s’il lui arrivait de revenir, c’était de la meilleure foi du monde et faisait tout pour réparer le mal que sa prévention avait causé. Il était l’ennemi le plus implacable de ce qu’il appelait charlatans, c’est-à-dire des gens qui prétendaient avoir des secrets et donner des remèdes, et sa prévention l’emporta beaucoup trop loin de ce côté-là. Il aimait sa Faculté de Montpellier, et en tout la médecine, jusqu’au culte. À son avis il n’était permis de guérir que par la voie commune des médecins reçus dans les Facultés dont les lois et l’ordre lui étaient sacrés ; avec cela délié courtisan, et connaissant parfaitement le roi, Mme de Maintenon, la cour et le monde. Il avait été le médecin des enfants du roi, depuis que Mme de Maintenon en avait été gouvernante ; c’est là que leur liaison s’était formée. De cet emploi il passa aux enfants de France, et ce fut d’où il fut tiré pour être premier médecin. Sa faveur et sa considération, qui devinrent extrêmes, ne le sortirent jamais de son état ni de ses mœurs, toujours respectueux et toujours à sa place. »

 

 

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