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Le Tintoret, Saint Georges et le dragon. Huile sur toile, 1560. Conservé à la National Gallery de Londres.

Sartre avait projeté d’écrire sur le Tintoret un livre dont on a publié quelques fragments. Ce tableau figure assez bien l’écrivain combattant et polémiste, habité depuis son enfance par les figures héroïques de Pardaillan ou des romans de cape et d’épée. Libres à nous d’imaginer que le monstre cache un vilain bourgeois – l’éternel ennemi de Sartre !

La liberté

Pour Sartre, l’homme est un drôle d’être qui a la particularité de secréter du néant, comme l’escargot bave ou l’oiseau chante. Par exemple, lorsque je me dis « Paul n’est pas là », c’est l’absence que je sens, un être que je saisis en tant qu’il n’est pas là. En fait, la conscience nous tient séparés du monde par une mince mais irréductible pellicule de néant. Nous ne pouvons jamais coïncider totalement avec le monde – au contraire du bœuf ou de la plante verte par exemple. En somme, nous avons le sentiment d’être « de trop ». Et c’est cette structure un peu malheureuse qui nous donne notre seule grandeur : la liberté.

L’être humain est libre quoi qu’il fasse. Mais assumer cette liberté est épuisant et donne des responsabilités en permanence. C’est pourquoi le monde offre le spectacle de gens qui cherchent à fuir cette liberté : croire que les valeurs existent de toute éternité alors qu’elles sont créées librement par l’homme (voir Le diable et le bon dieu) ; croire que j’ai des droits par ma naissance (voir la nouvelle « L’enfance d’un chef » et la pièce Les mains sales), croire que j’ai une vie intérieure avec des goûts, des opinions que je peux visiter comme une propriété… Rester authentique s’avère bien difficile et surtout très inconfortable : c’est accepter de vivre dans une permanente inadéquation à soi-même.

Le visqueux

C’est une obsession sartrienne, un dégoût qui hante ses œuvres — même les plus philosophiques. On ne trouvera pas de corps glorieux chez Sartre, mais de la chair pantelante, un peu grasse et triste. Le monde est divisé en deux : il y a la force de l’esprit, qui s’arrache à la matière comme un canot fend les flots ; et il y a d’autre part l’inertie des choses qui menacent d’engluer l’esprit (le corps, la nourriture, les enfants, les animaux…) Donc la matière est toujours un peu visqueuse, c’est-à-dire d’une matérialité agressive et collante. La palme étant décernée à l’horrible fœtus :

Dans son ventre, il y avait une petite marée vitreuse qui gonflait doucement, à la fin, ça serait comme un œil : « ça s’épanouit au milieu des cochonneries qu’elle a dans le ventre, c’est vivant. »

En poussant un peu, on peut dire que la sensibilité appartient aussi à l’ordre du trouble et du visqueux. Chez Sartre, l’attendrissement ou l’émotion se révèle toujours immédiatement une conduite d’évitement, une défaite de la conscience librement consentie pour se masquer sa liberté, comme un poulpe diffuse un nuage d’encre pour dissimuler sa fuite.

Alberto Giacometti, Homme debout et soleil. 1963.

Sartre a passé beaucoup de temps avec Giacometti, sculpteur qui le passionnait notamment par sa radicalité et sa quête d’absolu. Sartre voyait dans sa sculpture un anéantissement de l’espace (de même, la peinture du Tintoret lui apparaissait comme un ensemble de lignes de forces opposée à l’exposition de la couleur déployée par le Titien).

Ce dessin va à l’essentiel : un homme seul, devant le soleil.

La démystification

Le théâtre, les romans et les écrits autobiographiques de Sartre répondent à la mission définie dans Qu’est-ce que la littérature ? (1948) : libérer les hommes des mensonges et illusions dans lesquels ils vivent.

La fonction d’un écrivain est d’appeler un chat un chat. Si les mots sont malades, c’est à nous de les guérir.

Ce programme semble clair, mais il présente des difficultés d’exécution. Faire la leçon aux lecteurs ou aux spectateurs peut déclencher une irritation contre-productive et empêcher toute réflexion. C’est pourquoi Sartre passe souvent par des détours. Ainsi, il emprunte la forme de la tragédie antique (Les Mouches) pour montrer comment l’entretien de la culpabilité empêche un peuple de libérer de ses oppresseurs. Le Diable et le bon dieu, qui fait le procès des utopies politiques en en dévoilant l’inhumanité, se déroule dans l’Allemagne du XVIe siècle. Bien qu’elle évoque une famille d’industriels allemands, Les Séquestrés d’Altona est une pièce qui s’inscrit dans le contexte de la guerre d’Algérie, de la pratique de la torture et de la culpabilité qui en découle pour les Français.

Parfois, l’écrivain se fait plus direct. Les Mains sales met en scène les dilemmes liés à l’action politique dans le monde l’après-guerre. La Putain respectueuse dénonce le racisme de la société américaine.

Mais Sartre peut aussi tenter de se dénoncer ou de se démystifier lui-même. Ainsi, L’Âge de raison met en lumière les états d’âme d’un prof de philo qui essaie de concilier maladroitement son anarchisme avec sa vie de fonctionnaire, grâce à son talent pour inventer des raisons de toutes sortes… Il y a beaucoup d’autodérision dans son œuvre !

L'absolu

Toute la vie et l’œuvre de Sartre (qui ne font qu’un) sont un élan vers l’absolu. Bien sûr, c’est un absolu sans Dieu. Sartre veut tout. Jeune homme, il veut conquérir toute la littérature : « Le monde était une terre promise et notre conquête devait être absolue », (Carnets de la drôle de guerre). Dans Saint Genet et L’idiot de la famille, il veut saisir un homme « dans sa totalité ».  La Critique de la raison dialectique est elle-même une tentative de penser les notions de totalité et de totalisation. Bien entendu, ces entreprises sont en définitive des échecs : Sartre laissera en chantier la plupart de ses projets. Mais on peut dire qu’ils se sera mis tout entier au service de ce désir. C’est ce qu’il y a de grand et de pathétique dans son ambition, comme dans celle d’Alexandre le grand ou de Napoléon. Ecoutons Goetz, dans Le diable et le bon dieu :

Mais que me font les hommes ? Dieu m’entend et c’est à Dieu que je casse les oreilles et ça me suffit, car c’est le seul ennemi qui soit digne de moi. Il y a Dieu, moi et les fantômes.

Pour Sartre, si la politique ne peut pas tout, elle ne vaut rien. Si la littérature n’est pas tout, elle n’est rien qui vaille. Il ne pourra jamais accepter qu’elle soit à elle-même sa propre finalité. L’absolu est une exigence à la fois nécessaire et impossible.

L’Homme est cet être qu’on pousse, l’épée dans les reins, à monter sur le trône de Dieu et qui n’y parvient pas.

(Mallarmé, la lucidité et sa face d’ombre)

 

Jean-Paul Sartre au travail.

« J’ouvrais la porte et une formidable odeur de tabac et de respiration nocturne, répandue dans une atmosphère à couper au couteau, me sautait au visage et à la gorge. C’était l’odeur de Sartre au travail, en robe de chambre toujours mal nouée, pas peigné, pas rasé et le grand thermos rempli de thé à portée de la main. »

Jean Cau, Croquis de mémoire.

Jean Cau fut le secrétaire de Sartre de 1947 à 1956.

La palette de Jean-Paul Sartre

Caustique

« LE PÉDAGOGUE : Que faites-vous de la culture, monsieur ? (…) Ne vous ai-je pas fait, de bonne heure, lire tous les livres pour vous familiariser avec la diversité des opinions humaines et parcourir cent États, en vous remontrant en chaque circonstance comme c’est chose variable que les mœurs des hommes ? À présent vous voilà jeune, riche et beau, avisé comme un vieillard, affranchi de toutes les servitudes et toutes les croyances, sans famille, sans patrie, sans religion, sans métier, libre pour tous les engagements et sachant qu’il ne faut jamais s’engager, un homme supérieur enfin. »

Les Mouches

« Le reste du temps, il était plutôt gai parce qu’il pensait que tous les vrais chefs avaient connu la tentation du suicide. Par exemple, Napoléon. »

Le Mur

« Il acheta par la suite l‘Introduction à la Psychanalyse et la Psychopathologie de la vie quotidienne, tout devint clair pour lui. Cette impression étrange de ne pas exister, ce vide qu’il y avait eu longtemps dans sa conscience, ses somnolences, ses perplexités, ses efforts vains pour se connaître, qui ne rencontraient jamais qu’un rideau de brouillard… « Parbleu, pensa-t-il, j’ai un complexe. » »

Le Mur

« C’était bien joli d’avoir des complexes mais il fallait savoir les liquider à temps. »

Le Mur

« JULES : Tu as un titre ?

PERIGORD : « La guerre s’éloigne. »

JULES : Non, mes enfants, non. Qu’elle s’éloigne tant qu’elle veut, la guerre. Mais pas à la une. A la une, les guerres se rapprochent. » 

Nekrassov

« KEAN, reposant le tabouret qu’il avait levé : Mais bien sûr, où avais-je la tête ? Vous êtes Lord et je suis saltimbanque, donc nous ne nous battrons pas. Vous descendez des Plantagenêts en ligne directe, je dirais même que vous en descendez à toute vitesse ; moi, je ne descends de personne : je monte. N’empêche que vous êtes Lord, que je suis saltimbanque et que nous ne nous battrons pas. Vous siégez à la Cour suprême, vous faites et défaites les lois, les portes du palais de nos rois s’ouvrent au seul bruit de votre nom, mais il est si grand, ce nom, si lourd qu’il vous écrase, vous ne le portez pas, vous êtes aplati dessous… » 

Kean

« Est-ce que vous avez oublié que vous-même vous inventâtes ces fables pour le peuple ? » 

 Les Mouches

Observateur

« Trois heures, c’est toujours trop tard ou trop tôt pour tout ce qu’on veut faire. Un drôle de moment dans l’après-midi. » 

La Nausée

« Quand on vit, il n’arrive rien. […] Il n’y a jamais de commencement. Les jours s’ajoutent aux jours sans rime ni raison, c’est une addition interminable et monotone. De temps en temps, on fait un total partiel, on dit : voilà trois ans que je voyage, trois ans que je suis à Bouville. Il n’y a pas de fin non plus : on ne quitte jamais une femme, un ami, une ville en une fois. »

La Nausée

« Quand on vit seul, on ne sait même plus ce que c’est que raconter : le vraisemblable disparaît en même temps que les amis. Les évènements aussi, on les laisse couler ; on voit surgir brusquement des gens qui parlent et qui s’en vont, on plonge dans des histoires sans queue ni tête : on ferait un exécrable témoin. »

La Nausée

« Je suis là, je me déguste, je sens le vieux goût de sang et d’eau ferrugineuse, mon goût, je suis mon propre goût, j’existe. Exister, c’est ça, se boire sans soif. Trente-quatre ans. Trente-quatre ans que je me déguste et je suis vieux. » 

L’âge de raison

Philosophique

« Je reviens au temps. L’irruption du pour soi dans l’Être comme néantisation de l’en-soi se caractérise comme un mode existentiel irréductible à l’en-soi. »

Carnets de la drôle de guerre

« Le pour-soi est l’être qui, dans son être, n’est pas ce qu’il est et est ce qu’il n’est pas. »

Carnets de la drôle de guerre

Tragique

« Tu sais ce que c’est que le mal, la honte, la peur. Il y a des jours où tu t’es vue jusqu’au cœur. »

Huis-clos

« La vie, c’est une panique dans un théâtre en feu. Tout le monde cherche la sortie, personne ne la trouve, tout le monde cogne sur tout le monde. Malheur à ceux qui tombent : ils sont piétinés sur-le-champ. Sentez-vous le poids de quarante millions de Français qui vous marchent sur la gueule ? »

Nekrassov

« On ne fait jamais, jamais ce qu’on veut, on est emporté. »

Le Mur

Autoflagellant

« C’est certain, je ne suis pas né avec un heureux caractère, sauf l’intelligence. »

Lettre à Simone Jollivet, 1926

« Seulement, je n’aime rien de ce que je fais, je n’écris pas dans mon genre si vous voulez, je change continuellement de style sans arriver à me plaire. »

Lettre à Simone Jollivet, 1926

« Moi qui suis plutôt malpropre de ma personne, depuis la mobilisation je me lave, me rase, me brosse les dents avec scrupules. C’est pour imiter Stendhal qui se rasait chaque jour pendant la retraite de Russie. Ma bonne volonté est grande mais elle se donne subrepticement des modèles. »

Carnets de la drôle de guerre

« Le ciel est resté ma destination et j’ambitionnai l’immortalité terrestre comme un ersatz de la vie éternelle. Celle-ci, en effet, je n’y pouvais croire et puis elle ne m’amusait pas : on m’offrait de contempler Dieu à n’en plus finir quand je souhaitais qu’on me contemplât. » 

Esquisses des Mots

« Je vais, je m’en vais, je me promène, j’erre, j’ai beau errer : ce sont des vacances d’universitaire, partout où je vais j’emporte ma coquille avec moi, je reste chez moi dans ma chambre, au milieu de mes livres, je ne me rapproche pas d’un centimètre de Marrakech ou de Tombouctou. » 

L’âge de raison

Sage

« Il y a du travail à faire, c’est tout. Et il faut faire celui pour lequel on est doué : tant mieux s’il est facile. Le meilleur travail n’est pas celui qui te coûtera le plus ; c’est celui que tu réussiras le mieux. »

Les Mains Sales

« Toi, je te connais bien mon petit, tu es un destructeur. Les hommes, tu les détestes parce que tu te détestes toi-même ; ta pureté ressemble à la mort et la révolution dont tu rêves n’est pas la nôtre : tu ne veux pas changer le monde, tu veux le faire sauter. »

Les Mains Sales

« Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. »

Le diable et le bon dieu

« Un enfant, ce monstre que les parents fabriquent avec leurs regrets. »

Les Mots

Sentimental

« Oh mon amour, comme j’ai envie de cette permission. Et les omelettes ! Aujourd’hui, je me suis rappelé que ça existait des omelettes : il y a trois mois que je n’en ai pas mangé. Pour les saucisses par contre, j’ai eu ce que j’ai voulu. Voilà tout pour ce soir. Mon cher petit, mon amour, sentez-vous bien fort comme je vous aime, comme vous êtes ma petite fleur ? On ne fait qu’un, mon doux petit, on ne fait qu’un. Un demi, même. Je vous aime. »

Lettres au Castor

Le couple Sartre/Beauvoir

Sartre et le Castor (son surnom) se rencontrent en 1929. Ils s’aiment. Les deux étudiants ont le même désir de transparence totale et le projet d’écrire. Ils vivent leur amour à travers les mots et se racontent absolument tout. C’est leur jouissance.

Leurs relations de peau à peau cessent en effet assez vite, le Castor s’avérant inflammable tandis que Sartre se montre rétif à toute forme d’abandon (il s’est un peu ouvert sur ce point trouble dans les Entretiens avec Simone de Beauvoir, publiés à la suite de La Cérémonie des adieux).

Depuis l’enfance, Jean-Paul a la passion de séduire. En culottes courtes, il animait un spectacle de marionnettes pour faire rire les fillettes du jardin du Luxembourg. Sartre sera donc polygame. Simone de Beauvoir s’en arrange et ne se prive pas de vivre des « amours contingentes » de son côté. Mais elle doit lutter pour garder sa place première et privilégiée, en manifestant parfois un certain cynisme vis-à-vis des maîtresses de Sartre (voir Mémoires d’une jeune fille dérangée, de Bianca Lamblin).

Ce couple anticonformiste est peut-être aussi, surtout au début, moins égalitaire qu’on ne croit. Simone de Beauvoir est fascinée par Sartre qu’elle tient pour un génie, et Sartre ne vit que pour son œuvre à venir. C’est lui qui crée et qui décide –elle l’accompagne de son plein gré.

Dans leur vie dense et très gaie, le travail a la première place. Ces deux écrivains sont des bûcheurs. Ils se soutiennent ardemment, essayent leurs idées l’un sur l’autre, se lisent, s’encouragent et se critiquent. Pendant 50 ans, presque jusqu’à la fin, ils vivront une relation de confiance absolue qui les fortifiera l’un et l’autre.

Grâce à Simone de Beauvoir, Sartre & co. est aussi une entreprise de communication. Elle écrit leur légende (La Force des Choses, Les Mandarins, La Force de l’âge, La Cérémonie des adieux) dans des livres qui représentent également pour elle une manière de fixer la vie contre une angoisse qui la taraude : la fuite des jours.

Dans les dernières années, Simone de Beauvoir voit d’un très mauvais œil l’influence progressive d’Arlette Elkaïm et de Benny Levy, au point d’adjurer Sartre, en pleurs, de ne pas publier l’entretien qu’elle considère comme un reniement de toute son œuvre (« L’Espoir maintenant »). Ce sera le seul nuage. La mort de Sartre, en 1980, laisse Simone de Beauvoir dévastée – et peut-être aussi déchirée par ce conflit venu ternir l’accord de toute une vie. Après La Cérémonie des adieux, qui clôture le récit de leur relation, elle n’écrira plus.

Le couple Sartre/de Gaulle

Sartre a toujours critiqué le général de Gaulle avec les mots les plus durs. Bien entendu, cette opposition se fonde sur des raisons objectives : leur conception de la politique et de la démocratie les sépare. Mais on peut se demander pourquoi ce rejet se fait chez Sartre si vif et si constant.

Qu’elle soit héroïque ou bassement opportuniste, l’autorité lui est toujours insupportable. Pétain ou De Gaulle, c’est tout un. Ils sont tous les deux militaires, moustachus et conservateurs. D’autre part, pour Sartre, avoir un père ne va pas de soi : il n’en a pas eu jusqu’à l’âge de 12 ans. Et avec son képi et son mètre quatre-vingt-seize, le général de Gaulle incarne incontestablement une figure paternelle.

Mais Sartre a besoin de De Gaulle : il a trouvé en cet homme un ennemi à sa mesure. Tous les deux se sont transformés en légendes de leur vivant. Entre ces figures rebelles, c’est une lutte de puissance à puissance. Dans la France du XXe siècle, ils forment un couple ennemi – comme Victor Hugo et Napoléon III. Ils sont les deux derniers à incarner la France dans la suite des siècles : De Gaulle parce qu’il s’inscrit parmi les figures historiques de la résistance à l’envahisseur et met en œuvre une certaine idée de l’indépendance nationale ; Sartre parce qu’il est le dernier écrivain en date à occuper la place de Voltaire, de Rousseau, de Victor Hugo en leur temps. D’ailleurs, lorsqu’il a été question d’inculper Sartre suite au Manifeste des 121, De Gaulle refusa en déclarant qu’« on n’emprisonne pas Voltaire ». Malgré leur opposition, tous deux représentent pour le monde entier la voix de la France. Après eux (j’écris ces lignes en 2026), personne ne reprendra ce flambeau.

Si l’on creuse un peu, la figure du père est chez Sartre assez ambivalente. Elle est honnie, bien sûr. Mais elle exprime aussi des vérités gênantes. C’est le cas de Jacques dans L’Âge de raison (inspiré de l’aveu de Sartre par son beau-père), qui met le héros face à ses contradictions. C’est aussi le cas de Hoederer dans Les Mains sales. Et enfin il y a cet étrange personnage nommé « Le Père » dans Les Séquestrés d’Altona, qui aime son fils, qui fait son malheur malgré lui, et qui se suicide avec lui.