Réponse à Pierre Col
Cette lettre de Christine de Pizan intervient dans ce que l’on a appelé la Querelle du Roman de la Rose : faut-il brûler ce roman du XIIIe siècle, parfois obscène, anticlérical, sceptique ? Pour Christine de Pizan, c’est son injustice à l’égard des femmes qui condamne le roman. Remontant à l’Antiquité et à l’Art d’aimer d’Ovide, elle élargit le débat et s’indigne de la représentation des femmes dans cette littérature.
Orthographe modernisée. Notes : Littératurefrançaise.net
Ha ! Livre mal nommé Art d’amour ; car d’amour il n’y en a pas, mais il peut bien être appelé art de fausse, malicieuse industrie de tromper les femmes. C’est belle doctrine ! Est-ce donc tout gagné que de bien tromper ces femmes ? Qui sont les femmes ? Qui sont-elles ? Sont-ce serpents, loups, lions, dragons, guivres, ou bêtes rapaces dévorantes et ennemies de la nature humaine, qu’il convienne de travailler à les tromper et à s’en saisir ? Lisez donc l’Art. Apprenez donc à faire engin, piégez-les fort, trompez-les, outragez-les, assaillez ce château, prenez garde que nulle n’échappe entre vous hommes et que tout soit livré à la honte ! Et, par Dieu ! Si elles sont vos mères, vos sœurs, vos filles, vos femmes et vos amies, elles sont vous-mêmes et vous-mêmes elles…
Christine de Pizan, Lettre à Pierre Col (extrait), 2 octobre 1402.
© 2026 Matthieu Binder.
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