Littérature française

Athalie

 

Œuvre à la fois épique et tragique, Athalie plonge ses racines dans la tragédie grecque et dans la Bible. Sans décor, mais avec un chœur et des chants, elle est pour Voltaire « le chef d’œuvre de l’esprit humain ». Athalie est une reine païenne ayant tué tous ses petit-enfants pour prendre le pouvoir et venger sa mère Jézabel. Tous, sauf un ! Il lui apparaît en rêve et commence à l’attirer à sa perte…

 

 

Acte II, scène 5 (extrait)

 

ATHALIE

…C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit.

Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,

Comme au jour de sa mort pompeusement parée.

Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté ;

Même elle avait encor cet éclat emprunté

Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage,

Pour réparer des ans l’irréparable outrage.

« Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi.

Le cruel Dieu des Juifs l’emporte aussi sur toi.

Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,

Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables,

Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;

Et moi, je lui tendais les mains pour l’embrasser.

Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange

D’os et de chair meurtris, et traînés dans la fange,

Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux

Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

 

ABNER.

Grand Dieu !

 

ATHALIE.

Dans ce désordre à mes yeux se présente

Un jeune enfant couvert d’une robe éclatante,

Tels qu’on voit des Hébreux les prêtres revêtus.

Sa vue a ranimé mes esprits abattus.

Mais lorsque revenant de mon trouble funeste,

J’admirais sa douceur, son air noble et modeste,

J’ai senti tout à coup un homicide acier,

Que le traître en mon sein a plongé tout entier.

 

 

Jean Racine, Athalie (1691)

 

 

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