Littérature française

Contre les bûcherons de la forêt de Gâtine

… Ecoute, Bûcheron, arrête un peu le bras !

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas :

Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force

Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?

Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur

Pour piller un butin de bien peu de valeur,

Combien de feux, de fers, de morts et de détresses

Mérites-tu, méchant, pour tuer des Déesses ?

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,

Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers

Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière

Plus du soleil d’été ne rompra la lumière,

Plus l’amoureux pasteur sur un tronc adossé,

Enflant son flageolet à quatre trous percé,

Son mâtin à ses pieds, à son flanc sa houlette,

Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janette.

Tout deviendra muet ; Echo sera sans voix ;

Tu deviendras campagne et, en lieu de tes bois,

Dont l’ombrage incertain lentement se remue,

Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue;

Tu perdras ton silence, et haletants d’effroi

Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens ,

Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,

Qui premiers aux humains donnâtes à repaître !

Peuples vraiment ingrats, qui n’ont su reconnaître

Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers

De massacrer ainsi nos pères nourriciers !

 

 

 

 Extrait des Elégies, 1567

 

 

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