Littérature française

La duchesse de Bourbon

 

 

Tome 6, chapitre 18.

 

Fille naturelle de Louis XIV et de Madame de Montespan, la duchesse de Bourbon, dite Madame la Duchesse, ou Mademoiselle de Nantes, est une femme redoutée.

 

« Dans une taille contrefaite, mais qui s’apercevait peu, sa figure était formée par les plus tendres amours, et son esprit était fait pour se jouer d’eux à son gré sans en être dominé. Tout amusement semblait le sien ; aisée avec tout le monde, elle avait l’art de mettre chacun à son aise ; rien en elle qui n’allât naturellement à plaire avec une grâce nonpareille jusque dans ses moindres actions, avec un esprit tout aussi naturel, qui, avait mille charmes. N’aimant personne, connue pour telle, on ne se pouvait défendre de la rechercher ni de se persuader jusqu’aux personnes qui lui étaient les plus étrangères, d’avoir réussi auprès d’elle. Les gens même qui avaient le plus lieu de la craindre, elle les enchaînait, et ceux qui avaient le plus de raisons de la haïr avaient besoin de se les rappeler souvent, pour résister à ses charmes. Jamais la moindre humeur, en aucun temps, enjouée, gaie, plaisante avec le sel le plus fin, invulnérable aux surprises et aux contretemps, libre dans les moments les plus inquiets et les plus contraints, elle avait passé sa jeunesse dans le frivole et dans les plaisirs qui, en tout genres et toutes les fois qu’elle le put, allèrent à la débauche. Avec ces qualités, beaucoup d’esprit, de sens, pour la cabale et les affaires, avec une souplesse qui ne lui coûtait rien ; mais peu de conduite pour les choses de long cours, méprisante, moqueuse, piquante, incapable d’amitié et fort capable de haine, et alors, méchante, fière, implacable, féconde en artifices noirs et en chansons les plus cruelles dont elle affublait gaiement les personnes qu’elle semblait aimer et qui passaient leur vie avec elle. C’était la sirène des poètes, qui en avait tous les charmes et les périls ; avec l’âge, l’ambition était venue, mais sans quitter le goût des plaisirs, et ce frivole lui servit longtemps à masquer le solide. »

 

 

 

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