Littérature française

La princesse éructe

 

 

Tome 19, chapitre 12.

 

Nous sommes en 1723. Le Régent a confié à Saint-Simon une mission d’ambassade en Espagne. Notre duc est au comble de la joie, même si ce voyage va le ruiner, car il est en grande partie à ses frais. A la fin de sa mission, il prend congé de la princesse des Asturies, à Madrid. Récit de l’audience.

 

« Arrivé avec tout ce qui était avec moi, à l’audience de la princesse des Asturies, qui était sous un dais, debout, les dames d’un côté, les grands de l’autre, je fis mes trois révérences puis mon compliment. Je me tus ensuite, mais vainement, car elle ne me répondit pas un seul mot. Après quelques moments de silence, je voulus lui fournir de quoi répondre, et je lui demandai ses ordres pour le roi, pour l’infante et pour Madame, M. [le duc] et Mme la duchesse d’Orléans. Elle me regarda et me lâcha un rot à faire retentir la chambre. Ma surprise fut telle que je demeurai confondu. Un second partit aussi bruyant que le premier. J’en perdis contenance et tout moyen de m’empêcher de rire ; et jetant les yeux à droite et à gauche, je les vis tous, leurs mains sur leur bouche, et leurs épaules qui allaient. Enfin un troisième, plus fort encore que les deux premiers, mit tous les assistants en désarroi et moi en fuite avec tout ce qui m’accompagnait, avec des éclats de rire d’autant plus grands qu’ils forcèrent les barrières que chacun avait tâché d’y mettre. Toute la gravité espagnole fut déconcertée, tout fut dérangé ; nulle révérence, chacun pâmant de rire se sauva comme il put, sans que la princesse en perdît son sérieux, qui ne s’expliqua point avec moi d’autre façon. On s’arrêta dans la pièce suivante pour rire tout à son aise, et s’étonner après plus librement. »

 

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