Littérature française

Blaise
Pascal

Un génie effrayant

Sa vie

Blaise Pascal naît en juin 1623 à Clermont-Ferrand. Sa mère meurt trois ans après sa naissance. Son père, collecteur des impôts, décide de l’éduquer lui-même, de manière suivie et originale, en commençant par le latin et le grec avant d’attaquer les mathématiques. Blaise n’ira jamais à l’école. Il est ce que l’on appellerait aujourd’hui un surdoué, et découvre la géométrie avec un dévorant et insatiable appétit d’apprendre. “L’extrême vivacité de son esprit, dira sa sœur, le rendait si impatient quelques fois qu’on avait peine à le satisfaire”. Son père participe à plusieurs sociétés savantes, l’enfant grandit dans une atmosphère de discussions scientifiques, au milieu d’un cartésianisme naissant. Lorsqu’il a un problème ou une question en tête, il s’enflamme et met toute son énergie intellectuelle à la résoudre. A seize ans déjà, il rédige un Traité sur les sections coniques. Sa famille part pour Paris puis Rouen. C’est ici qu’à dix-neuf ans et pendant trois années, il se consacre à la conception et à la réalisation de la première machine à calculer, qu’il commercialisera ensuite.

Son esprit est incroyablement actif, mais, depuis ses dix-huit ans, son corps s’affaiblit gravement : maux de tête, maux de ventre, et l’incapacité de se déplacer sans béquilles. Cela ne l’empêche pas de mener une vie très mondaine. Il a des domestiques, un carrosse, il fréquente les grands de ce monde. Il poursuit cependant ses activités scientifiques : géométrie projective, calcul infinitésimal, calcul des probabilités, hydraulique, travaux sur la pression atmosphérique

Mais voici un tournant dans la vie du scientifique mondain. Peu après avoir frôlé la mort dans un accident de circulation, Blaise Pascal vit une expérience mystique foudroyante. C’est la nuit du 23 novembre 1654. Il n’en parlera jamais à personne, mais il en écrit le récit sur un parchemin qu’il coud dans la doublure de sa veste. Converti, il s’engage à fond pour la défense des religieux jansénistes dans l’opinion publique, écrivant de brillantes Provinciales, où la rhétorique, l’art de persuader font un prodigieux bond en avant. Il ne cesse pas ses réflexions scientifiques : en juin 1658, il lance un défi mathématique autour du problème du cycloïde. Mais il est de plus en plus malade. Depuis 1656, il a entrepris un ouvrage entièrement nouveau : démontrer et faire sentir la misère de l’homme sans Dieu, pour amener les hommes vers la foi. Mais ses moments de disponibilité physique pour l’écriture sont de plus en plus rares. Il meurt à 39 ans en 1662 sans avoir achevé ce projet qui sera plus tard édité sous le titre de Pensées.

« Joie, joie, joie et pleurs de joie ---------------------------------

Je m’en suis séparé -----------------------------------------------

Dereliquerunt me fontem -----------------------------------------

mon Dieu, me quitterez‑vous ----------- »

 

Mémorial du 23 novembre 1654

 

 

« Je voudrais que vous vissiez la joie que votre dernière lettre me donne, où vous dites que vous avez trouvé la dimension du solide sur l'axe tant de la cycloïde que de son segment. »

 

Au père Lalouère 11 sept 1658

Blaise Pascal et son époque

Malgré un cliché courant, il n’est pas un philosophe reclus dans sa chambre. S’attaquant aux jésuites, les Provinciales sont l’œuvre d’un redoutable polémiste, à une époque où l’on ne plaisantait pas avec le respect dû aux puissants. Pascal devra se cacher pendant quelques temps.

Il s’intéresse aussi aux problèmes pratiques de son époque. Au XVIIème siècle, le monde se rationalise, se bureaucratise. Les chiffres et les opérations arithmétiques s’accumulent dans les bureaux de comptabilité. Visionnaire et génial, Blaise conçoit et construit la première machine à calculer. Avoir une voiture et des chevaux coûte trop cher à Paris ? Il crée avec quelques associés les “Carrosses à cinq sous” (plan ci contre), une société de transport en commun semblable en tous points à une ligne de bus actuelle : arrêts fixes, horaires déterminés, véhicules ouverts à tous publics (au moins au début). C’est tout simplement le premier réseau public de transport en commun au monde. Probablement trop en avance sur son temps, l’entreprise cessera quelques temps après la mort de Pascal. Il devient même conseiller scientifique d’une société créée pour assécher les marais poitevins (c’est l’un des spécialistes de l’hydraulique en France). On reste stupéfait devant la diversité de ses talents.

« Quelque belle que soit la comédie et tout le reste, on jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais. »

 

Pensées

Sa place dans l'histoire de la littérature

Pascal a quelque chose de tout à fait exceptionnel : il laisse un héritage considérable à la fois dans les sciences et en littérature.

Dans la partie littérature, il y a chez lui deux aspects importants. Les Provinciales, assez difficiles à lire aujourd’hui à cause de leur sujet, ont eu rôle essentiel dans l’évolution de la rhétorique : l’art de l’ironie, la clarté de l’expression se retrouvent ici à un niveau inconnu jusqu’alors et Pascal participera à fixer la prose en langue française au milieu du XVIIeme.

Les Pensées auront quant à elles un avenir très riche. Elles inspireront autant les philosophes que les écrivains : bien que disparu à 39 ans, Pascal est un peu le grand-père des existentialistes. Mais au delà des idées et des courants, le style et la force de Pascal marqueront tous les écrivains à sa suite, même les plus éloignés de lui, comme Voltaire, ou comme Nietzsche.

« Les livres les plus profonds et les plus inépuisables auront sans doute toujours quelque chose du caractère aphoristique et soudain des Pensées de Pascal. » 

 

« Il ne s’est rien passé depuis Pascal : face à lui, les philosophes allemands n’entrent pas en ligne de compte »

 

 

Friedrich Nietzsche

Pourquoi Pascal est un écrivain extraordinaire

Peut-être plus encore que Léonard de Vinci, Blaise Pascal est l’archétype du génie universel. Comme on l’a vu, c’était un grand esprit scientifique. Et la littérature en profitera : en plus des qualités de précision et de clarté que l’on trouve dans son écriture, il se démarque par sa capacité à dégager l’essentiel dans tout problème qu’il se pose. De là l’extraordinaire efficacité de son style, d’un dessin impeccable, débarrassé de toutes les complications et ornementations traditionnellement associées à  la rhétorique.

Signature de Blaise Pascal

Pascal a une autre originalité. Il aborde les questions littéraires en terme de communication. Il a vraiment fait œuvre de publicitaire pour vendre sa machine à calculer, il a mis en scène ses expériences sur la pression atmosphérique de manière très maîtrisée. Pour faire basculer l’opinion publique en leur faveur, les jansénistes ont fait appel à lui comme à un communicant. Dans les Pensées, il cherche avant tout à ouvrir les yeux de son lecteur sur la réelle condition humaine, et non à faire quelque chose de joli ou de gracieux. Et comment mieux frapper les esprits qu’en employant à la fois la rigueur du raisonnement, la vigueur d’une image, la concision dans l’expression ? La poésie viendra par surcroît, et comme involontairement :

Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraye

« Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Pensées

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