Littérature française

François Villon

Mauvais garçon et grand poète

Sa vie

François de Montcorbier est né (probablement) en 1431, l’année où Jeanne d’Arc fut brûlée. Orphelin de père, il est confié par sa mère à un clerc, Guillaume de Villon, qui lui donnera son nom. Il fait des études dans le quartier latin, à Paris, et devient maître ès arts à 21 ans. Mais l’Université, à cette époque, est une sorte de société jalouse de son indépendance et les heurts sont fréquents avec l’autorité royale. Les étudiants sont souvent assez voyous et ne se font pas prier pour tirer dague ou épée. Un jour de juin 1452, alors qu’il est assis sur un banc de la rue Saint Jacques, un prêtre, Philippe Sermoise, le prend à partie et lui jette une pierre à la tête qui lui fend les lèvres. Villon s’enfuit, le prêtre le rattrape, notre poète tire son épée et tue Sermoise.

Il s’enfuit de la capitale, s’exile pendant sept mois, et l’autorité judiciaire lui pardonne. Il revient à Paris. Mais l’année suivante, en 1457, son ami Tabarie, pris par la police, le dénonce comme ayant participé à un vol de 5000 écus au collège de Navarre. Villon doit s’enfuir à nouveau. Il part pour Blois, où le duc d’Orléans entretient courtisans et poètes. François Villon entre dans la cour et écrit quelques ballades. En 1458, en disgrâce, il doit quitter l’entourage du duc.

Durant l’été 1461, il est emprisonné pour une raison inconnue dans un cachot du chateau de Meung-sur-Loire, par la volonté de l’Eveque d’Orléans Thibault d’Aussigny. Mais cette même année, Louis XI est sacré roi de France : pour fêter l’évènement on libère François Villon. Il remercie le Roi par une nouvelle Ballade et tente de revenir à Paris. Il commence à rédiger son œuvre majeure, le Testament. Mais, à nouveau, en 1462, il est impliqué dans une bagarre avec un notaire, rue Saint Jacques encore.

Cette fois, on en a assez de François Villon. Il est condamné par la Prévôté à “être étranglé et pendu au gibet de Paris“. Sans illusion sur son sort, il attend en prison la confirmation de sa condamnation et c’est là probablement qu’il écrit la célèbre Ballade des pendus. Mais le jugement est cassé par le Parlement et Villon est condamné à dix ans de bannissement. Le poète quitte Paris le 8 janvier 1463. A partir de cette date, on ne sait plus rien de lui.

Bien sais si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle,
Et à bonnes mœurs dédié,
J’eusse maison et couche molle !
Mais quoi ? je fuyais l’école,
Comme fait le mauvais enfant…
En écrivant cette parole,
A peu que le cœur ne me fend.

 

Testament, XXVI

François Villon et son époque

François Villon naît quand Jeanne d’Arc brûle, il a cinq ans lorsque les Anglais abandonnent Paris : c’est à peu près la fin de la guerre de cent ans. Ce conflit interminable laisse une France épuisée et meurtrie par les divisions, les clans, les batailles, les maraudes, les épidémies, les famines.  Dans les années 1430, on dénombre de 50 à 60 personnes dévorées par les loups en région parisienne. Il arrive même que le loup tue en plein cœur des halles.

La vie est précieuse, fragile et toujours menacée. Les écrits de François Villon sont marqués par l’éphémère, l’obsession de la mort, et un certain sens de la dérision (Le Testament). Mais cette époque est aussi celle d’un grand art. Le poète est contemporain de la rédaction des Très Riches heures du duc de Berry, sommet de l’enluminure, et dont la page présentée ci-contre suggère une vision du corps bien mystérieuse pour nous.

Sa chair soit detrenchée menue
Plus qu’au moulin n’est la farine,
Ou de gros nerfs soit bien battue,
Ou couche nus sur tas d’épine :
Et afin que plus tôt il fine,
Son corps soit rempli de poison,
Ou qu’en prison vive en famine,
Qui autrui blâme sans raison.

 

Ballade morale

Sa place dans l'histoire littéraire

Les écrits de François Villon ont connu une grande notoriété dès la fin du XVième siècle, avec l’essor de l’imprimerie. Son nom s’efface ensuite peu à peu. Il est redécouvert par les romantiques de 1830 : le Moyen-âge est à la mode, comme la figure du poète maudit. L’influence sur le Victor Hugo de Notre-Dame de Paris est évidente, à titre d’exemple.

Du point de vue de l’histoire littéraire, il est peut-être le premier poète personnel, le premier à assumer une subjectivité dans une démarche qui n’était pas habituelle en son temps.

Sa vie autant que son œuvre ont un relief indéniable. Si les jeux de mots et allusions aux anecdotes de l’époque dans le quartier latin nous échappent un peu aujourd’hui, l’émotion du poète devant la mort ou la brieveté de la vie nous touchent encore avec force. C’est pourquoi il est toujours lu, mis en scène, mis en musique classique, pop, rock…

"Autant en emporte le vent"

 

Ballade en vieux langage françois

Pourquoi François Villon est un écrivain extraordinaire

Il est extraordinaire par sa vie, par son œuvre, par le temps qui nous sépare de lui. Lire Villon, c’est un peu voyager dans le temps, tout en restant dans un univers assez familier : la rue Saint-Jacques, où lui sont arrivées deux aventures décisives, longe encore aujourd’hui la Sorbonne.

Le burlesque, le tragique, le comique, le paillard se mêlent dans ses vers et donnent à sa lecture comme la brûlure d’un alcool fort.

Souvent énigmatique ou trop datée pour nous, sa poésie se concentre parfois en des formules si denses de sens qu’elles ont traversé le temps :

Je meurs de soif auprès de la fontaine.

Œuvres principales - Extraits