Littérature française

Victor
Hugo

Le chant du monde

Sa vie

Victor Hugo est né en février 1802 à Besançon, dans une période troublée, et au sein d’une famille divisée : le père général sous Napoléon, la mère vendéenne et royaliste se séparent rapidement. Son grand frère Eugène est d’une santé mentale fragile. Dès son plus jeune âge Victor Hugo est plein d’ambition, lit beaucoup, écrit à 16 ans son premier roman, Han d’Islande.

Son père est loin, sa mère meurt lorsqu’il a 19 ans. Il se marie. Eugène devient fou et doit être interné. A vingt ans il est père de famille, et il doit la faire vivre. Il travaille avec acharnement. Le succès vient. Il réussit dans la poésie, le roman, le théâtre. Il aime les femmes et les honneurs. Il devient pair de France. Une jeune actrice, Juliette Drouet, s’éprend de lui et lui d’elle : leur liaison durera cinquante ans. Par ailleurs, c’est un papa-poule. Il est heureux. Sa petite famille grandit.

En 1843, le bonheur de sa vie, sa fille Léopoldine, se noie à l’âge de 20 ans avec son mari qui, ne pouvant la sauver, se laisse couler de désespoir. Victor Hugo est déchiré par ce chagrin qui lui restera toujours au fond de l’âme. Il cesse d’écrire.

La vie continue. Bientôt il entame une liaison passionnée avec une jeune femme de lettres, Léonie. Il ne peut pas se passer de son corps. Mais elle est mariée. Un matin, il est surpris par la police en flagrant délit d’adultère. Dans ce siècle moral, c’est un scandale, mais surtout par le côté ridicule de la situation.

Depuis quelques années, il s’est lancé dans la politique. Il est élu député. Mais en 1851, c’est le coup d’Etat de celui qui deviendra Napoléon III. Hugo s’insurge et n’accepte pas. Il s’exile d’abord à Bruxelles, puis à Guernesey, petite île anglaise à proximité des côtes Normandes. Trempée dans les éléments, dans la mer, dans la colère, dans l’isolement, son inspiration prend un nouveau souffle : c’est la seconde grande période de création littéraire pour Victor Hugo. Amnistié en 1859 par l’empereur, il rentrera “quand la liberté rentrera”. Il tiendra parole et restera sur son rocher pendant 19 ans, jusqu’à l’abdication de Napoléon III.

Son retour en France est un triomphe. Lors de son arrivée à Paris, une foule immense se presse pour le voir : « On criait : Vive Victor Hugo ! », écrit-il dans Choses vues. « À chaque instant, on entendait dans la foule des vers des Châtiments. J’ai donné plus de six mille poignées de main. » D’une inépuisable vitalité, il écrit encore, fait régulièrement l’amour à quatre-vingt ans passés. “Tant que l’homme peut, tant que la femme veut”, note-t-il dans ses carnets. Pour son anniversaire en 1881, 600 000 personnes défilent devant sa fenêtre. La semaine d’après, l’avenue d’Eylau, où il habite, est rebaptisée de son nom. C’est donc au 50 rue Victor Hugo à Paris que la mort prendra Victor Hugo, en mai 1885. “Et elle est bienvenue”, dira, sur son lit de mort, l’homme qui avait tant vécu.

« La mer fait rage depuis un mois ; ma maison la nuit sonne comme un écueil ; je dors peu dans ce vacarme ; les hurlements de l’abîme font aboyer les chiens (j’ai des chiens. Cela reste). Savez-vous ce que je fais, ne dormant pas ? Je travaille. Je rêve. Je pense à la France, à ceux que j’aime, aux radieux esprits, aux amitiés vraies, aux beaux styles, aux nobles cœurs, aux fermes courages, à vous. »

 

 

A Jules-Janin, Marine Terrace, 28 décembre 1854)

Victor Hugo et son époque

Au cours des années 1820 et 1830, et surtout depuis la fameuse bataille d’Hernani, Victor Hugo est la locomotive du romantisme en France. Dans les wagons, toute une génération d’écrivains estiment que la tragédie classique et ses normes ne sont plus du tout adaptées à leur temps. Par delà la littérature, c’est toute une génération d’artistes qui participe au mouvement, affirmant en substance : “notre génération, nos valeurs, notre style, nos idées, tout cela vaut autant que les maîtres du XVIIème siècle ou de l’Antiquité.”

A un niveau politique, Victor Hugo est un homme pleinement engagé dans son époque. Après une enfance ultra-monarchiste, il ira peu à peu vers la gauche, guidé par son cœur. Ses adversaires le trouvent bête. Hugo n’est pas bête. Il est simple. Ses combats politiques sont ceux d’un homme indigné par le travail des enfants, la misère, et la peine de mort. Pendant la vie adulte de l’écrivain, de 1826 à 1880, les tribunaux ont prononcé 2527 condamnations à mort en France. Victor Hugo s’engage de tout son poids contre cette peine, en écrivant Le dernier jour d’un condamné, en s’opposant physiquement au lynchage d’un informateur de la police sur son île en exil.

Cette colère ne l’a jamais quitté. Il n’est pas devenu un vieillard indifférent, il n’a pas fait de concessions à Napoléon III pendant son exil pour profiter de sa gloire en France. Il donnait un tiers de ses revenus aux pauvres.

Ses actes parlaient autant que ses mots. C’est pourquoi, à la différence de beaucoup d’écrivains de son temps, il a été aimé par le peuple qui a vu en lui autre chose qu’un littérateur de salon : un homme de parole profondément révolté.

« Monsieur le ministre.

Il y a en ce moment à Paris une femme qui meurt de faim.

Elle s’appelle Mlle Élisa Mercœur. (…) Je viens vous prier, dis-je, de disposer de ma pension, vous, Monsieur le ministre, en faveur de Mlle Mercœur. Si vous y consentez, je me féliciterai doublement d’y avoir renoncé. Cette pension sera beaucoup mieux placée sur la tête de Mlle Mercœur que sur la mienne. »

 

A M. Thiers, ministre de l’intérieur, 15 juin 1834.

Sa place dans l'histoire littéraire

De son vivant, à peu près tous ses drames romantiques, ses recueils poétiques, ses romans obtiendront de grands succès. Après lui, sa langue, son style, imprégnera notre mémoire collective. Aujourd’hui encore, les figures de Cosette, Jean Valjean, Quasimodo, Esmeralda sont des archétypes connus jusqu’en Chine, aux Etats-Unis. La reprise de ses drames dans d’innombrables téléfilms ou des comédies musicales montre que son influence populaire a été majeure.

Il n’est pas sûr que son influence sur les écrivains ait été si grande. La révolution du drame romantique n’a pas réellement créé de courant fécond. Et s’il est le poète incontournable du XIXième siècle, il n’est pas le plus révolutionnaire, le plus innovant de son temps, loin s’en faut. Sa veine lyrique, dans La Légende des Siècles, ou épique, dans Les Misérables, n’a pas réellement trouvé de successeur.

Quelle importance, au fond ? Victor Hugo, c’est un peu comme les Alpes ou l’Himalaya : une nature majestueuse, splendide ; nous autres hommes, nous nous affairons au creux de la vallée.

"Aucun artiste n’est plus universel que lui, plus apte à se mettre en contact avec les forces de la vie universelle, plus disposé à prendre sans cesse un bain de nature. Non seulement il exprime nettement, il traduit littéralement la lettre nette et claire ; mais il exprime, avec l’obscurité indispensable, ce qui est obscur et confusément révélé. "

 

Charles Baudelaire

Pourquoi Hugo est un écrivain extraordinaire

Paradoxalement, l’aspect extraordinaire de Victor Hugo réside dans sa simplicité. Contrairement à beaucoup d’écrivains, Victor Hugo aime la vie. Il n’est pas compliqué. Il aime les femmes, les fleurs, les enfants, la pluie, la montagne, la mer, les brocolis, tout…

Hugo célèbre donc la vie sous toutes ses facettes, avec une langue prodigieusement vivante ; d’un autre côté, il ne cesse de dénoncer ce qui l’abaisse et de rugir contre ce qui l’enlaidit. A son service, il a un sens vertigineux de l’antithèse : grotesque et sublime, laideur physique et beauté intérieure, faute et repentir se côtoient chez lui dans des images saisissantes.

Enfin, malgré les proportions gigantesques de son œuvre,  l’écrivain ne perd pas pour autant le sens du détail : on peut tout apprécier à la loupe. Il est un génie des mots.

« J’ignore dans quel monde Victor Hugo a mangé préalablement le dictionnaire de la langue qu’il était appelé à parler ; mais je vois que le lexique français, en sortant de sa bouche, est devenu un monde, un univers coloré, mélodieux et mouvant. »

 

Charles Baudelaire

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