Littérature française

Lieu stendhalien par excellence, l’opéra est l’endroit où la société bourgeoise et aristocratique se met en scène, où l’on se rencontre, et, surtout, où l’on peut rêver à son amour dans une extase décuplée par la puissance du chant.

L'amour

Depuis Virginie Kubly à l’adolescence, jusqu’à la mystérieuse Earline peu avant sa mort, l’amour domine la vie de Stendhal, et domine aussi ses romans : Julien Sorel l’ambitieux s’aperçoit un peu tard que le véritable objet de ses désirs, c’est l’amour. Fabrice del Dongo, Lamiel partent en chasse du véritable amour. Lucien Leuwen est aimé, mais il passe sa vie à rêver à une femme qui le tient à distance.

Objet constant de ses rêveries et de ses méditations, l’amour est pour Stendhal le produit d’une cristallisation, c’est-dire d’un processus psychologique parant l’être aimé de toutes les plus merveilleuses qualités, le plus souvent imaginaires. Et l’amour ne peut se déployer jusqu’à sa forme la plus haute, l’amour-passion, que par les obstacles, la distance, voire l’absence. Ainsi Fabrice de Dongo, comblé de dons, de distinctions, de richesses, ne sera jamais plus heureux que jeté en prison, rêvant à celle qu’il aime et qu’il ne peut voir que de loin, en silence, et quelques minutes par jour. C’est dire qu’un bonheur amoureux complet, concret, durable, paraît difficile à réaliser ; aussi l’état habituel de Stendhal aura été celui d’un amant malheureux, mais vivant l’amour dans toute son intensité.

L'énergie

« J’aime la force : et de la force que j’aime, une fourmi peut en montrer autant qu’un éléphant« . L’énergie se confond pour Stendhal avec la force de vouloir. L’écrivain n’a pas grande patience pour ceux qui cajolent leur mélancolie comme on caresse un petit chien. Amour, travail, art, politique, santé, peu importe l’objet, il faut identifier ce que l’on désire vraiment et mobiliser toutes ses forces, avec constance, pour atteindre le but.

Mais cet état d’esprit ne peut exister que dans certaines conditions socio-économiques. Né pauvre dans une société où l’épopée napoléonienne a donné l’exemple d’une réussite individuelle par le mérite, Julien Sorel se battra pour sortir de sa situation sociale. En revanche, héritier des millions de son père, Lucien Leuwen est un héros beaucoup plus passif, au désir et à la volonté amollies par une vie facile.

Cette morale explique pourquoi dans ses romans les brigands et les assassins bénéficient d’une sorte d’indulgence, lorsqu’ils font montre de courage. En ce sens, l’éthique de Stendhal est à l’opposé de celle de Victor Hugo par exemple, fondée sur l’empathie et la responsabilité collective.

"Aimes-tu mieux avoir eu trois femmes ou avoir fait ce roman ?"


Dans les marges de La Chartreuse de Parme

Au delà des guerres napoléoniennes que Stendhal a connues, il y a chez ses héros romanesques un état d’esprit toujours un peu guerrier, un pas de charge, une impatience, une tension vers le but.

Le bonheur

Tout comme les journaux télévisés ont plutôt intérêt à produire de l’angoisse, les écrivains ont généralement intérêt à produire de la mélancolie : c’est plus vendeur. Stendhal, lui, a une originalité dans son siècle : c’est un écrivain du bonheur. Qu’est-ce que cela signifie ? Ses héros et héroïnes sont-ils en état de jubilation permanente ?

Certes non. Ils sont même la plupart du temps en état d’insatisfaction. Mais ils sont tendus vers l’objet de leur désir, et jouissent de leurs progrès, non de leurs échecsLa plupart du temps d’ailleurs, ce qu’il prennent pour un succès ne leur apporte aucun plaisir et c’est par hasard, et souvent contre leurs plans, qu’ils trouvent le bonheur. Généralement, c’est en prison. La prison chez Stendhal est un peu étrange, on dirait qu’elle est montée à l’envers et qu’elle permet surtout de préserver la quiétude des prisonniers en empêchant les gens d’entrer. Voilà pour les personnages. Mais qu’en est-il de l’auteur, si indissoluble de son œuvre ?

Lisant Stendhal, on sent à chaque ligne le bonheur d’écrire, et c’est aussi en quoi Stendhal est un écrivain du bonheur. Stendhal transfigure ce qu’il a passionnément aimé (la campagne d’Italie au début de la Chartreuse de Parme par exemple), ou ce qu’il aurait aimé être (Fabrice del Dongo, jeune homme riche et plaisant aux femmes), ou les femmes dont il aurait rêvé d’être aimé (la duchesse Sanseverina, Clélia Conti). Et ce faisant, le lecteur se sent lui aussi transporté dans une imagination heureuse, libre de ses mouvements et suivant sa fantaisie.

L'Italie

Inventeur, ou plutôt importateur du mot tourisme, Stendhal a écrit deux « guides touristiques » sur l’Italie : Rome, Naples et Florence, et Promenades dans Rome. Dans ces livres, au gré de ses déambulations, Stendhal raconte l’Italie, par les mœurs plus que par les murs.

Depuis qu’il a découvert l’Italie à dix-sept ans avec Bonaparte, toujours Stendhal a cherché à revenir dans ce pays de cœur :

« Je n’ai jamais rencontré de peuple qui convienne si bien à mon âme. Quand je suis avec les Milanais, et que je parle milanais, j’oublie que les hommes sont méchants, et toute la partie méchante de mon âme s’endort à l’instant. »

Stendhal voyait l’Italie comme le pays du naturel et de l’individu, au contraire de la France, terre où l’on passe son temps à regarder les autres pour savoir comment se comporter, s’habiller, parler, aimer, etc. Surtout, pour exister, Stendhal a besoin de passion, sans quoi il s’ennuie, dépérit, tombe malade, perd ses cheveux. Stendhal, comme disait un bon juge, c’est « Monsieur moi-même ». Il ne peut vivre en filtrant ce qu’il doit faire, ce qu’il doit dire. « Je crois que pour être grand dans quelque genre que ce soit, dira-t-il, il faut être soi-même. ». Or, l’Italie lui semble justement exempte d’hypocrisie et de conformisme, ses deux bêtes noires :

« Quel naturel ! Quelle simplicité ! Comme chacun dit bien ce qu’il pense au moment même ! Comme on voit bien que personne ne songe à imiter un modèle ! »

 

" J'ai toujours vécu et je vis encore au jour le jour, sans songer nullement à ce que je ferai demain. Le progrès du temps n'est marqué pour moi que par les dimanches, où ordinairement je m'ennuie et je prends tout mal. Je n'ai jamais pu deviner pourquoi. "

 

Souvenirs d'Egotisme

Eugène Delacroix, Alberthe de Rubempré en sainte Catherine d’Alexandrie, musée des beaux arts de Béziers.

Stendhal eut une liaison brève et passionnée avec Alberthe (« Madame Azur »), qui le quitta pour un de ses amis. On sent un peu d’amertume quand il parle d’elle « Angela Pietragrua fut catin sublime, à l’italienne (…) Mme Azur, catin non sublime ».