Photo Etienne Hubert – Tous droits réservés, Gallimard – 1965
La part sauvage
Beethoven, extrait des variations Diabelli (n°14). Cette variation est l’un des motifs d’India song, film de Marguerite Duras.
La vie de Marguerite Duras
Marguerite Donnadieu (elle prendra plus tard le nom de plume de Duras) naît en avril 1914 aux environs de Hanoï, alors colonie française. Son père meurt lorsqu’elle a 7 ans. Sa mère est institutrice, autoritaire et ambitieuse : elle veut faire fortune en acquérant une terre – qui se révèlera incultivable. A la maison, l’atmosphère est violente. Pierre, le plus âgé de la fratrie, terrorise Marguerite et son frère Paul. Marguerite est bonne élève, ce qui ne l’empêche pas d’entamer une liaison avec un jeune homme de 27 ans. Il est Chinois, elle le trouve disgracieux mais il la fascine par sa richesse. La mère approuve mais surveille.
La vie parisienne
En 1933, après plusieurs séjours en métropole, elle s’installe à Paris et commence des études de droit. Marguerite multiplie les amants et fait la connaissance d’un petit monde intellectuel qui l’enchante. Après une liaison avec Jean Lagrolet, elle se marie avec Robert Antelme, et accouche d’un enfant mort-né. Le ménage se transforme assez vite en trio car Marguerite aime le beau Dionys Mascolo. Elle commence à écrire, encouragée par Raymond Queneau (lecteur chez Gallimard) et publie ses premiers romans pendant la seconde guerre mondiale. En 1942, son frère chéri Paul meurt brutalement en Indochine. Marguerite est dévastée. Puis son mari est déporté à Dachau et ne sera sauvé qu’in extremis à la fin de la guerre (La Douleur).
Une femme vivante et déterminée
Très active, aimant la vie, la cuisine, le désir et le plaisir, Marguerite électrise les cœurs dans le cercle d’amitiés qui se crée autour d’elle. De Dionys Mascolo, elle a un enfant prénommé Jean et dit Outa. Elle vit aussi un amour passionné, alcoolique et violent avec Gérard Jarlot. Côté lettres, Marguerite veut vivre de sa plume et y parvient à peu près. Ses romans trouvent un public assez restreint mais fidèle.
Littérature, journalisme et cinéma
Après le succès du film Hiroshima mon amour (1960) dont elle écrit les dialogues, Marguerite devient célèbre. Elle écrit beaucoup dans les journaux tandis que son style littéraire devient plus personnel et clivant : on l’adule ou on la déteste. Dans les années 1970, elle étend sa palette d’expression en réalisant de nombreux films (19 !) qu’on peut qualifier d’expérimentaux. En 1980, son effrayante consommation d’alcool menace sa santé. Elle s’en sort de justesse et écrit L’Amant (1984), qui est un carton mondial. De plus en plus isolée, invivable, médiatique, narcissique et géniale, elle passera ses quinze dernières années de sa vie avec un jeune homme, dans un amour insoluble et déchirant.
« C’est ça l’écriture. C’est le train de l’écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C’est de là qu’on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui néanmoins, tout à coup s’emparent de vous. »
Ecrire
Note sur la vie de Marguerite Duras en Indochine
Les récits et les entretiens de Marguerite Duras sur sa jeunesse (Un Barrage contre le pacifique, L’Amant) ont formé une certaine image qui a pris l’épaisseur de la réalité : une enfance misérable en Indochine, auprès d’une mère lésée par l’administration coloniale qui lui aurait vendu à prix d’or une terre incultivable.
L’enquête approfondie de Jean Vallier (C’était Marguerite Duras, 2006) apporte un démenti assez net à cette légende familiale, documents à l’appui. Marguerite Duras vivait en Indochine dans un milieu plutôt aisé (voiture avec chauffeur, domestiques). D’autre part, même après l’achat de sa concession, sa mère n’a jamais cessé de travailler comme institutrice. Enfin, il ne semble pas qu’elle ait été lésée dans cette acquisition. Eu égard à des conventions établies entre la France et le roi du Cambodge, les natifs pouvaient acquérir des concessions gratuitement — ce qui était refusé aux fonctionnaires français. En 1927, la mère de Marguerite a acheté ses droits de propriété à l’un de ces particuliers (du nom de Trân Long Phung), de gré à gré. Contrairement aux récits de Marguerite, le terrain de 199 hectares incultivables ne lui a donc pas été vendu et attribué cyniquement par l’administration du cadastre. Mme Donnadieu a dû ensuite obtenir la certification de cette propriété à titre provisoire puis à titre définitif par l’administration coloniale, ce qui a été fait en 1937.
Vers l'opulence
L’investissement foncier de Marie Donnadieu s’est avéré un échec : les cultures étaient régulièrement envahies par l’océan. Mais il en fallait plus pour la décourager. Après sa mise à la retraite, elle ouvrit une « École française » de haute tenue à Saïgon, qui lui rapporta suffisamment pour qu’elle offrît une belle propriété à son fils indigne et préféré, et qu’elle fît l’acquisition du château des Tertres (Touraine) pour son propre compte à son retour en France, en 1950.
« Où es-tu allée chercher tout ça ? » dira sa mère à Marguerite, après lecture du Barrage contre le pacifique. Dans ses souvenirs d’enfance… et dans le travail littéraire lui-même.
Marguerite et son temps
Comment Marguerite Duras s’est-elle engagée dans son époque ? Sa seule expérience véritablement militante fut son engagement dans le Parti communiste après guerre. Mais elle en sera exclue en 1950 sous des motifs assez loufoques (notamment la « fréquentation de boîtes de nuit » !). Si elle n’a fait partie officiellement d’aucun mouvement collectif féministe, c’est certainement vis-à-vis de la condition faite aux femmes que Marguerite Duras s’est montrée la plus constante dans son engagement, promouvant un féminisme maternel plus proche de George Sand que de Simone de Beauvoir. La notion de maternité est en effet si fondamentale pour elle qu’elle considère l’homosexualité masculine avec le plus profond mépris : la vie et l’amour véritable passent par les femmes.
Le malaise Duras
A vrai dire, on ne peut se défendre d’un certain malaise en considérant les actes et prises de position de Marguerite Duras. Si elle s’est insurgée contre la guerre d’Algérie, elle a cosigné en 1940 L’Empire français, ouvrage glorifiant la France coloniale. Pendant la seconde guerre mondiale, Marguerite a fait comme la plupart des gens : elle s’est débrouillée. Sans états d’âme et en en retirant de réels avantages pour sa carrière littéraire, elle a travaillé jusqu’en 1944 sous l’autorité du gouvernement de Vichy pour une commission chargée de répartir le papier aux éditeurs, et qui faisait nécessairement la part belle aux écrits pro-allemands (Rebatet, Goebbels…). De son propre aveu, elle est entrée tard dans la résistance et plutôt par goût de l’aventure que par révolte contre le sort des juifs. La prise de conscience de l’holocauste occasionnera chez elle un traumatisme qui se répercutera dans toute son œuvre.
Après l’immense succès de L’Amant (1984), Marguerite Duras devint une divinité des Lettres françaises qui donnait son avis d’un ton incantatoire, définitif et tranchant sur des sujets dont elle n’avait souvent qu’une connaissance vague. Ainsi de l’affaire Christine V., qui la déconsidéra largement dans l’opinion. Au fond, Marguerite Duras considérait les faits avec impatience : elle avait tôt fait d’absorber le réel dans son imaginaire et sa mythologie personnelle.
« Ce soir, au Bonaparte, avec Marguerite, Sandro, etc. Marguerite est décidément le prototype de l’esprit gauchiste au mauvais sens du mot, irresponsable et inconséquent. Elle admire ceux qui volent, se vante d’avoir aidé Benoît Jacquot à voler des livres, trouve que si on empêchait le vol dans les librairies personne ne lirait plus, etc., cinq minutes avant de déplorer la maigreur des droits d’auteur que lui verse Jérôme Lindon ou que les flics ne viennent plus aujourd’hui quand on est cambriolé. »
Dominique Noguez, journal du 1er avril 1980, in Duras, Marguerite (Flammarion).
Sa place dans l'histoire de la littérature
L’œuvre de Marguerite Duras est très singulière. Mais à l’instar de nombreux auteurs de sa génération (Camus et Sartre notamment), elle a été influencée par le roman américain et son rejet de l’analyse psychologique. C’est particulièrement visible dans ses premières œuvres comme La Vie tranquille (1944), Un Barrage contre le Pacifique (1950) ou bien Les petits chevaux de Tarquinia (1953). La nouvelle façon d’écrire prônée par le nouveau roman aura aussi son importance dans Moderato cantabile (1958), tournant dans son itinéraire littéraire. Mais c’est toujours d’une manière très personnelle que Marguerite Duras assimile ces courants.
Quelle place donne-t-on aujourd’hui à son œuvre dans le foisonnement du XXe siècle ? Les écrivains qui revendiquent son influence sont nombreux (Christine Angot, Philippe Besson, Edouard Louis, Tanguy Viel…), mais on peut déceler la prégnance de son style encore plus largement dans la littérature française. Pour le grand public, elle reste avant tout comme l’auteure de L’Amant (1984). Pour les universitaires et les écrivains, Le Ravissement de Lol V. Stein ou Le Vice-Consul constituent le sommet de son œuvre. Peu d’auteurs peuvent se prévaloir d’un succès si populaire et si savant !
Le plaisir de lire Marguerite Duras
Amateurs d’aventures et de rebondissements en cascade, passez votre chemin. Dans ses films comme dans ses livres, Marguerite Duras ne cherche pas à égayer ou à distraire, mais à nous faire entrer dans notre part sauvage et sublime – au-dessus de la chronologie et de la morale. Presque toujours, il fait très chaud (comme dans Phèdre). Les mouvements se ralentissent, le corps s’alanguit, le cœur est au bord de l’aveu. L’écriture de Duras produit un effet très particulier et reconnaissable (surtout à partir de Moderato cantabile) qui envoûte ou qui irrite. Ses amoureux n’ont pas d’expression assez dithyrambique pour la louer, ses contempteurs n’ont pas de mots assez durs. Mais personne ne peut nier sa force. Marguerite Duras, c’est un parfum violent qui donne envie d’embrasser ou de s’enfuir.
Les époques de la Durassie
Le style de Marguerite Duras est trop souvent réduit à sa caricature. Si les thèmes et les atmosphères sont à peu près constants, installant le lecteur dans un univers familier que Claude Roy appelait la Durassie, son écriture n’a jamais cessé d’évoluer. Les premières œuvres majeures, de La vie tranquille (1944) à Des Journées entières dans les arbres (1954) sont écrites dans un style d’époque. A partir de Moderato cantabile (1958), Marguerite Duras semble se débarrasser progressivement des conventions narratives qui la gênent. Au terme de cette recherche, on trouve Le Ravissement de Lol V. Stein (1964) et Le Vice-consul, livres étranges, difficiles, fascinants et à nul autre pareils. Exception faite de L’amant, les années 80 verront Marguerite Duras évoluer encore plus loin vers un ton mi-parlé mi-écrit, à la fois intime et abstrait.
« Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait que d’attendre devant la porte fermée. »
L’Amant
Le plat ou la boisson
Negroni.
Lorsqu’elle habitait rue Saint-Benoît, Marguerite Duras aimait beaucoup recevoir ses amis. Elle leur cuisinait des plats vietnamiens qu’elle maîtrisait, paraît-il, supérieurement. Mais parce qu’il fait toujours chaud dans ses romans et que son écriture enivre, j’opterai pour une boisson. Quelque chose qui, comme son style, procure joie, amertume, et monte vite à la tête : le Negroni.
Œuvres majeures
La vie tranquille
Pas le plus maîtrisé de ses livres, La vie tranquille produit néanmoins cette atmosphère lourde, lente et un peu irréelle propre à Duras. Inceste désiré, fascination pour le meurtre : la transgression peut être une jouissance…
« J’éprouve la lassitude fière d’être née, d’être arrivée à bout de cette naissance. Avant moi, il n’y avait rien à ma place. Maintenant, il y a moi à la place de rien. C’est une succession difficile. »
Un barrage contre le pacifique
Les déboires d’une famille dysfonctionnelle de colons pauvres en Indochine. Un talent immense éclate dans ce livre qui est le premier grand chef d’œuvre de Marguerite Duras.
« Les barrages de la mère dans la plaine, c’était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C’était terrible et c’était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l’oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. »
Les petits chevaux de Tarquinia
En Italie, deux couples d’amis tâchent de ne pas rater leurs vacances malgré une chaleur étouffante, une bonne insolente et une vie amoureuse en fin de cycle. Livrés au face-à-face, les amants finissent par se détruire… à moins que ne surgisse un tiers. Un petit chef d’œuvre !
« Il n’y a pas de vacances à l’amour, dit-il, ça n’existe pas. L’amour, il faut le vivre complètement avec ton ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça. »
Des journées entières dans les arbres
Ce livre est composé de plusieurs récits. Celui qui donne son nom au titre tourne autour de la relation très particulière entre un fils dévoyé et sa mère. Dans le Boa, Marguerite tâche de s’expliquer clairement sur sa vision de la vie et du désir. On retiendra aussi Madame Dodin, un bijou plein d’humour et presque truculent, exceptionnel chez l’auteure. Un livre qui peut réconcilier les pro et les anti-Duras !
« Ils avaient ceci de commun tous les trois, qu’ils étaient doués d’un grand appétit. Le fils et Marcelle parce qu’ils vivaient dans une demi-famine constante. La mère parce que, jeune, elle avait eu des appétits de pouvoir et de puissance jamais satisfaits et qu’il lui restait cette démesure là, ce grand appétit vengeur de toute nourriture. »
Moderato cantabile
C’est une Duras renouvelée qui apparaît dans ce court récit où rien n’aboutit, tissé de dialogues creux et de bulletins météo inquiétants. Malgré les dénégations de l’auteure, on y sent clairement l’influence du nouveau roman.
« Le saumon repasse dans une forme encore amoindrie. Les femmes le dévoreront jusqu’au bout. Leurs épaules nues ont la luisance et la fermeté d’une société fondée, dans ses assises, sur la certitude de son droit, et elles furent choisies à la convenance de celle-ci. La rigueur de leur éducation exige que leurs excès soient tempérés par le souci majeur de leur entretien. De celui-ci on leur en inculqua, jadis, la conscience. »
L'après-midi de monsieur Andesmas
Monsieur Andesmas est vieux et un peu fatigué. A sa fille adorée, il a acheté une maison. Assis devant chez lui, il attend un maçon qui ne vient pas. On attend avec lui et c’est toute l’épaisseur humaine de ce personnage qui nous enveloppe peu à peu.
« Il la suivit des yeux jusqu’à ne plus rien en voir, rien, plus une seule des taches bleues de sa robe, et puis il retrouva une nouvelle fois dans ce délaissement dont elle n’avait fait qu’accuser par son passage, si discret cependant, la déconcertante immensité. »
Le ravissement de Lol V. Stein
Pour les durassiens, LE grand livre. On ne peut nier la force de la scène de bal initiale qui propulse cette étrange Lol à la limite de la folie. Ce récit est une exploration littéraire d’un cas borderline, très sophistiquée dans ses procédés, parfois complaisante dans la complication sibylline.
« Il aurait fallu murer le bal, en faire ce navire de lumière sur lequel chaque après-midi Lol s’embarque mais qui reste là, dans ce port impossible, à jamais amarré et prêt à quitter, avec ses trois passagers, tout ce avenir-ci dans lequel Lol V. Stein maintenant se tient. »
Le Vice-consul
Autre chef d’œuvre du cycle indien de Duras. Deux histoires parallèles : une jeune femme qui marche dix années dans une horrible misère, un diplomate traversé de crises étranges et mystérieuses. Ne cherchez pas à toute force un lien entre les deux.
« Il faut se perdre. Je ne sais pas. Tu apprendras. Je voudrais une indication pour me perdre. Il faut être sans arrière-pensée, se disposer à ne plus reconnaître rien de ce qu’on connaît, diriger ses pas vers le point de l’horizon le plus hostile, sorte de vaste étendue de marécage que mille talus traversent en tous sens on ne voit pas pourquoi. »
Détruire, dit-elle
Marguerite a vu dans mai 68 une vague qui allait tout emporter. Il en est question dans ce petit livre où le vide a une présence obsédante. Pour les inconditionnels. L’adaptation cinématographique de Duras est plus accessible.
« – Elle regarde le vide, dit Stein. C’est la seule chose qu’elle regarde. Mais bien. Elle regarde bien le vide. »
1980
L'homme assis dans le couloir
Qu’est-ce que le désir sexuel à son paroxysme ? De la manière la plus directe, Duras tente de dire ce désir de jouissance destructrice et de violence qui l’a animée toute sa vie.
« C’est d’abord sur la bouche qu’il le fait. Le jet s’écrase sur les lèvres, sur les dents offertes, il éclabousse les yeux, les cheveux et puis il descend le long du corps, inondé les seins, déjà lent à venir. Lorsqu’il atteint le sexe il a un regain de force, il s’écrase dans sa chaleur, se mélange à son fourre, écume, et puis il se tarit. Les yeux de la femme s’entrouvrent sans regard et se referment. Verts. »
1982
La maladie de la mort
Alors que Marguerite se croît finie sur le plan amoureux, un jeune homme vient chez elle et lui dit qu’il l’aime. Hélas ! Il ne la désire pas. Pour Marguerite, c’est inadmissible et bien symptomatique d’une incapacité des homosexuels à aimer véritablement.
« Quand vous avez pleuré, c’était sur vous seul et non sur l’admirable impossibilité de la rejoindre à travers la différence qui vous sépare. »
1984
L'Amant
Histoire réelle ou imaginaire ? Peu importe, car la magie littéraire de Marguerite Duras opère ici à fond, dans un style très accessible qui aura fait de ce livre un succès international (2,4 millions d’exemplaires vendus !).
« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : « je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »
1985
La douleur
Plusieurs récits dans ce recueil. D’abord, la douleur, qui raconte la terrible angoisse de Marguerite devant la déportation de son mari. Puis l’appétit de sang, de meurtre et de vengeance qui l’a animée pendant et après cette période. Dérangeant, mais c’est ce qu’on attend d’un écrivain !
« Le docteur est arrivé. Il s’est arrêté net, la main sur la poignée, très pâle. Il nous a regardé puis il a regardé la forme sur le divan. Il ne comprenait pas. Puis il a compris : cette forme n’était pas encore morte, elle flottait entre la vie et la mort et on l’avait appelé, lui, le docteur, pour qu’il essaye de la faire vivre encore. Le docteur est entré. Il est allé jusqu’à la forme et la forme lui a souri. »
1986
La pute de la côte normande
L’un des récits des années 80 qui tournent autour de sa relation insoluble avec Yann Andréa. Les deux reclus se déchirent sans pouvoir faire autrement.
« Qu’est-ce que vous foutez à écrire tout le temps, toute la journée ? Vous êtes abandonnée de tous. Vous êtes folle, vous êtes la pute de la côte normande, une connarde, vous embarrassez. »
1993
Ecrire
Marguerite Duras parle de l’écriture comme personne. Dans ces textes réunis et un peu inégaux, on trouve des fulgurances et des truismes.
« Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie. Et on la reconnait toujours, c’est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. »
Les œuvres de Marguerite Duras
Littérature (théâtre, fiction, romans…)
1943 Les Impudents
1944 La Vie tranquille
1950 Un barrage contre le Pacifique
1952 Le Marin de Gibraltar
1953 Les Petits Chevaux de Tarquinia
1954 Des journées entières dans les arbres
1955 Le Square
1958 Moderato cantabile
1959 Les Viaducs de la Seine-et-Oise
1960 Dix heures et demie du soir en été
1960 Hiroshima mon amour
1961 Une aussi longue absence
1962 L’Après-midi de Monsieur Andesmas
1964 Le Ravissement de Lol V. Stein
1965 Les Eaux et Forêts
1965 La Musica
1966 Le Vice-Consul
1967 L’Amante anglaise
1968 Suzanna Andler
1968 Yes, peut-être
1968 Le Shaga
1968 Un homme est venu me voir
1969 Détruire, dit-elle
1970 Abahn Sabana David
1971 L’Amour
1973 Nathalie Granger
1973 La Femme du Gange
1973 India Song
1974 Les Parleuses
1977 Les Lieux de Marguerite Duras
1977 Le Camion
1977 L’Éden cinéma
1979 Le Navire Night
1979 Césarée
1979 Les Mains négatives
1979 Aurélia Steiner
1980 L’Homme assis dans le couloir
1980 L’Été 80
1980 Les Yeux verts
1981 Outside
1981 Agatha
1982 L’Homme atlantique
1982 Savannah Bay
1982 La Maladie de la mort
1984 L’Amant
1985 La Douleur
1985 La Musica deuxième
1986 Les Yeux bleus cheveux noirs
1986 La Pute de la côte normande
1987 Emily L.
1987 La Vie matérielle
1990 La Pluie d’été
1991 L’Amant de la Chine du Nord
1992 Yann Andréa Steiner
1993 Écrire
1993 Le Monde extérieur
1995 C’est tout