Littérature française

Robert Mols, Le port de Cette (1891), musée Paul Valéry, Sète.

Adolescent, Paul Valéry voulait entre dans la marine. La mer, l’activité d’un port furent pour lui des objets de contemplation privilégiés.

Ingéniérie poétique

Paul Valéry avait horreur de l’inspiration. Il estimait qu’elle pouvait jouer un rôle d’impulsion, mais qu’elle ne prenait aucune part au travail poétique proprement dit. La poésie vise à produire un charme (c’est le nom de son second et dernier recueil de vers), en jouant sur les correspondances, les échanges entre le son et le sens : à la fois une séduction et une magie. Or, si la magie vise à produire une émotion, le tour de magie proprement dit est affaire de technique. Il n’en va pas autrement pour la poésie.

« Fabricateur ! » accusait son ami Paul Léautaud. Paul Valéry certes ne se prenait pas pour un mage, ou un barde celtique composant face à la mer. Mais il suffit de regarder les brouillons de la plupart des écrivains pour saisir l’importance, la longueur et la difficulté du travail sur les mots. L’inspiration ne serait-elle pas en réalité, un argument publicitaire pour faire monter la valeur des écrivains et le mystère de leur profession ? Dans cet extrait de Horace, George Sand, la romancière romantique par excellence,  met en scène un jeune écrivain plein d’inspiration, de feu, mais incapable d’écrire trois lignes. Le jeune homme peste et s’exclame « Oh ! C’est un métier cela aussi ! Où fuir le métier, grand Dieu ? » Qu’on soit romantique ou classique, il n’y a pas d’alternative : l’écriture est un travail.

« Poésie.

Je cherche un mot (dit le poète) un mot qui soit :

féminin,

de deux syllabes,

contenant P ou F,

terminé par une muette,

et synonyme de brisure, désagrégation;

et pas savant, pas rare.

Six conditions — au moins ! »

Autres Rhumbs

Méthode et maîtrise

Paul Valéry a beaucoup écrit sur les oeuvres des autres. La plupart du temps, avec finesse et  pertinence. Pourtant, il lisait peu. On voit d’ailleurs très bien, dans son texte sur Stendhal par exemple, que sa connaissance de l’auteur n’est pas celle d’un érudit. Pourtant, ce texte est l’un des meilleurs qui aient été écrit sur l’écrivain. La science de Paul Valéry, en la matière, est celle d’un homme qui a toujours lu en analysant les moyens, l’art de l’écrivain, ce qu’il appelait « lire par-dessus l’épaule de l’auteur ». De là l’exceptionnelle acuité de son jugement.

Cette attention constante à la méthode, aux moyens, à l’ingénierie de l’écriture, il l’a aussi appliquée à lui-même. Pour des raisons extérieures au métier d’écrivain (voir ci-dessous, « Paul Valéry et l’amour »), Paul Valéry a travaillé toute sa vie à se rendre maître de son esprit.

« Ce n’est le nouveau ni le génie qui me séduisent, — mais la possession de soi. — Et elle revient à se douer du plus grand nombre de moyens d’expression, pour atteindre et saisir ce Soi et n’en pas laisser perdre les puissances natives, faute d’organes pour les servir. »

Un texte comme « Le problème des musées » témoigne parfaitement de la virtuosité acquise par Paul Valéry dans l’expression. Les impressions qui demeurent chez la plupart d’entre nous dans un état natif et confus, comme celles qu’on peut ressentir en entrant dans un musée, Valéry sait en exprimer la moindre nuance avec élégance, précision et clarté.

« L'homme exalté ou ému croit que son verbe est un vers, et que tout ce qu'il place par le ton, la chaleur et le désir dans sa parole, s'y trouve et se communique. Mais c'est l'erreur commune en fait de poésie. Les mauvais vers sont faits de bonnes intentions. C'est cette illusion qui pousse aux vers sans lois préétablies. Il y a plus de bons vers faits froidement qu'il n'en est de chaudement faits ; et plus de mauvais faits chaudement. On dirait que l'intelligence est plus capable de suppléer à la chaleur, que la chaleur à l'intelligence. Une machine peut marcher à faible pression, mais une pression sans machine n'entraîne rien. »

 

Tel Quel

Horace Vernet, Vue du port de Cette, en Languedoc. (1757) Musée national de la marine.

On écrivait encore Cette et non Sète lorsque Paul Valéry est né.

La liberté

En lisant la prose de Paul Valéry, on ne peut qu’être frappé par son indépendance totale vis-à-vis des mouvements philosophiques ou des écoles de pensées. Il ne se réfère à personne. Il ne fait appel à aucun livre pour étayer ses raisonnements. Qu’il parle de musique, d’art, d’architecture, de Stendhal, de politique, c’est toujours une voix singulière qui nous parle et qui ne prétend s’appuyer sur rien d’autre qu’elle même.

De là, cette attention supplémentaire qu’il faut porter aux mots de Paul Valéry. Il n’y a pas chez lui de prêt-à-penser. Il n’enfile pas les pensées des autres, ne loue pas de costume. Toutes ses phrases sont taillées sur mesure. Lire Paul Valéry est donc une expérience un peu à part, où l’attention aux mots, aux métaphores, aux nuances du propos, au ton du texte, est un peu plus exigeante que chez tout autre.

Cette liberté a engendré des paradoxes inattendus. A titre d’exemple, cet homme de droite, patriote, « Bossuet de la IIIe république » comme il disait plaisamment, put prendre à contrepied une France qui glorifiait son Histoire dans une unanimité suspecte :

L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. II fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines.

La passion de comprendre

« Vous avez un grave défaut, dit un jour Degas à Valéry, vous voulez tout comprendre. » Drôle d’ambition pour un poète ! Pourtant, on l’a vu, l’analyse, l’élucidation des procédés est pour Valéry la tâche essentielle du travail poétique.

Cette passion de comprendre dominait chez lui toutes les autres. Il ne souhaitait pas laisser une œuvre impérissable, fonder une école de pensée : rien de plus divers que les formats de ses écrits, rien de moins systématique que sa pensée. Toute œuvre était pour lui nécessairement inachevée, et toujours à reprendre : seules les pressions de ses amis et de ses éditeurs lui firent achever ses poèmes, ses dialogues. Son œuvre à lui, la seule qu’il ait faite en toute liberté, ce sont les cahiers : 30 000 pages, toujours en cours de transcription.

Ni journal intime, ni traité philosophique, ces cahiers sont une entreprise d’élucidation du fonctionnement de l’esprit, de la perception, de la mémoire. A quoi donc peut servir une réflexion infinie et sans ordre ? Cette entreprise au long cours a d’abord été pour lui un plaisir, et presque une nécessité, un peu comme un sportif s’exerce tous les jours.

« L’athlète fait des mouvements inutiles, mais ses muscles pourront servir à l’occasion. (…) Voilà en quoi je m’intitulerais Philosophe Sportif. »

Pour nous lecteurs, le bénéfice est hors de ces cahiers : dans les oeuvres et opuscules qu’il nous a laissés, poèmes ou prose, et qui bénéficient tous de cette gymnastique quotidienne.

« Une chose réussie est une transformation d'une chose manquée.

Donc une chose manquée n'est manquée que par abandon. »

Tel Quel

Paul Valéry et l'amour

De la nuit de Gênes au "coup de hache"

Aux deux extrémités de son existence, l’amour décida de la vie et de la mort de Paul Valéry. Retracer l’itinéraire sentimental du poète, c’est donc éclairer les évènements essentiels d’une existence qui fut d’abord une grande aventure intérieure. C’est aussi découvrir les raisons d’une prodigieuse efflorescence poétique à 70 ans, laissant entrevoir un Paul Valéry vulnérable et secret.

La catastrophe et l'armure

Paul Valéry est encore lycéen à Montpellier, lorsqu’il s’éprend d’une femme à qui il n’adressera jamais la parole : « Mme de R. ». Cet amour d’imagination pure durera plusieurs années : on se croirait dans La vie de Henry Brulard, ou dans Lucien Leuwen. Paul Valéry est doté d’une sensibilité brûlante et toute-puissante. Bientôt, son esprit et son corps même sont entièrement mis sens dessus-dessous par cet amour de tête. « Un regard m’a rendu si bête que je ne suis plus. », écrira-t-il à Gide à l’âge de 19 ans, « je suis un ancien roi ; je suis un exilé de moi ».

En octobre 1892, il passe quelques jours dans la famille de sa mère, à Gênes, en Italie. Crise majeure : à l’issue d’une nuit d’orage tourmentée, Valéry décide de ne plus se mêler ni de poésie ni d’amour.

« Gênes – octobre-

Chambre blanche – à la chaux. Ancienne cellule, sans doute (…)

Orage effroyable cette nuit. Je l’ai passée assis dans mon lit.

La chambre éblouissante par chaque éclair. Tout mon sort se jouait dans ma tête. Je suis entre moi et moi. (…)

Etat de transformation. (…)

Je me sens AUTRE ce matin. »

 

Ecrit non daté de Paul Valéry

Terry Rosenberg, Untitled (2018)

 

Jeannie : la compagne au long cours

Elles étaient trois inséparables : les deux soeurs Jeannie et Paule Gobillard, et leur cousine Julie Manet (fille de la peintre Berthe Morisot et nièce du peintre Edouard Manet). Dans la famille Morisot, et depuis plusieurs générations déjà, on initie garçons et filles à la peinture et on soutient celles-ci si elles veulent en faire leur métier. Julie et leur cousines ont donc appris à peindre et mènent une existence libre. Degas et Mallarmé leur rendent souvent visite et les aiment beaucoup. Valéry se lie de plus en plus avec Mallarmé, modèle d’exigence littéraire à qui il voue la plus grande admiration. Valéry l’ignore, mais son mentor tentait de jouer les entremetteurs entre Jeannie et lui lorsqu’il meurt brutalement en 1898.

Valéry à cette époque, suit la ligne de conduite qu’il s’est fixée depuis sa vingtaine : du sexe si on veut, -et il ne s’en prive pas, mais surtout pas d’amour. Si sa vie de garçon lui donne une certaine liberté, il a un peu honte de la médiocrité de ses liaisons, de sa petite chambre d’étudiant attardé. Il rêve un foyer, « une atmosphère, une serre à travail aussi favorable que possible ». Il fréquente les jeunes filles « mais comme on ne peut pas les épouser toutes les trois (ce que je regrette), il faut se décider pour une. » Ce sera Jeannie.

Mais comment déclarer sa flamme, quand on s’est fait une loi de ne plus aimer ? Après quelques reculades, Paul se décide enfin. Il monte dans leur appartement rue Villejust (elles habitent ensemble). Jeannie se tient à une fenêtre. Il se dirige vers elle et lui demande carrément : « Voulez-vous être ma femme ? ». Elle veut lui tendre la main mais s’est entortillée un doigt en jouant avec le cordon du rideau. Suivront trois enfants et vingt années de vie conjugale plutôt tendre et harmonieuse, à en juger par leurs lettres.

Catherine Pozzi : première brèche

En 1920, Paul Valéry approche de la cinquantaine. Il est toujours contraint par ses fonctions de secrétaire particulier d’un homme maintenant paralysé et aphasique, mais la publication de La Jeune Parque lui a apporté une certaine notoriété dans les milieux littéraires et dans les salons. Ils les fréquente par goût des rencontres et des conversations, et peut-être aussi pour se préparer un avenir professionnel très incertain. A l’occasion d’un de ces dîners en ville, il fait la rencontre de Catherine Pozzi. Fille d’un chirurgien renommé et passionné de littérature, elle a rencontré dès son jeune âge les plus grands esprits de son temps. Brillant par son intelligence plutôt que par sa bonté, elle surprend Paul en lui parlant des travaux d’Einstein et de publication récentes en biologie : il s’emballe et ne tarde pas à lui déclamer en primeur Le Cimetière marin qu’il s’apprête à faire paraître. Elle écrit dans son journal : « Ces vers sont plus que je n’espérais d’aucun être vivant. »

Ils s’aiment. C’est un bonheur. C’est un malheur. Et l’on comprend pourquoi depuis trente ans il se protège de l’amour. Insomnies, dépressions, tachychardie, « chaleur insupportable aux mains« . Sa sensibilité et sa vulnérabilité le ravagent. D’autant que Catherine ne manque pas de caractère. Les éclats se multiplient. Valéry ne renoncera pas à son foyer, ni même au lit conjugal, au désespoir de Catherine. En 1928, c’est la rupture définitive.

Jeanne Loviton : le bonheur et l'horreur

Paul Valéry rencontre Jeanne Loviton en 1938. Il a 67 ans. Elle en a 35. Elle aime les personnalités de renom, et de préférence les écrivains. Jeanne est une femme fortunée, mais déterminée à se faire un nom dans le monde des lettres. Elle est déjà l’amante de Jean Giraudoux, après l’avoir été d’Alexis Léger. Elle prend l’initiative et invite Paul Valéry chez elle, l’accueille « en grande robe de satin blanc », et l’amène dans « une très petite pièce à divan rouge ». Bientôt, ils s’aiment. Toutes les prudences de Paul ont volé en éclat, et ce dragon intérieur enchaîné par une si longue vigilance, retrouve à nouveau sa liberté. Paul Valéry chante sa joie dans les centaines de lettres qu’il lui écrit et dans des poèmes pleins du bonheur d’aimer.

Ces poèmes, Valéry avait un temps songé à les réunir en un recueil destiné son amante : Corona et Coronilla. Edités depuis 2008, ils expriment à la fois la virtuosité de l’écrivain, la conscience la plus aiguë de la finitude, et en même temps l’amour le plus éclatant : un amour qui lui rend la vie.

« Tu ne m’inspires pas quelque chose. Tu m’inspires tout court. Tu es pour moi ce qui assemble la source de la plus profonde et nécessaire joie avec la cause de la plus mortelle douleur. Tu peux me créer ou me détruire.

Tu as beau être belle, il y a quelque chose de plus de toi à moi, et si cette chose était toute réciproque… rien au monde ne serait comparable. »

 

Extrait d’un poème à Jeanne Loviton, dite Jean Voilier.

Fou d'amour

Le prix à payer de cette renaissance est une extrême vulnérabilité, comme on peut voir dans le « PSAUME » ci-contre : « tu peux me créer ou me détruire ».

Ce qui peut passer pour de l’exagération chez un romantique doit être pris à la lettre chez cet homme précis. Il est fou d’elle, et cette folie se double d’une lucidité qui ne l’empêche pas et la rend au contraire plus intense. Avec une certaine auto dérision, il écrit :

« on voit chez le malade apparaître un dérangement significatif de toutes les valeurs, des réactions extrêmes répondre à des faits insignifiants ; de graves conjonctures le laisser insensibles (…) ; un homme de grand esprit raisonner comme une enfant. »

« Puisse ton coeur, ce soir, silencieuse absente,

Te souffler de ces mots dont je t’ai dit plus d’un,

De ces mots dits si près qu’ils prenaient ton parfum

A même ta chair tiède et sur moi trop puissante.

 

Oui, c’est moi ; tu m’entends dans l’azur étranger…

Laisse un peu tes yeux perdre un peu du paysage

Et ferme-les, pour voir vaguement ce visage

Où tu voyais l’esprit en amour se changer. »

 

Extrait d’un poème à Jeanne Loviton, dite Jean Voilier.

HEURE

 

« L’heure de Toi, l’heure de Nous
Ah… Te le dire à tes genoux,
Puis sur ta bouche tendre fondre
Prendre, joindre, geindre et frémir
Et te sentir toute répondre
Jusqu’au même point de gémir…
Quoi de plus fort, quoi de plus doux
L’heure de Toi, l’heure de Nous ? »

 

Poème à Jeanne Loviton, dite Jean Voilier.

Le "coup de hache"

Malgré l’angoisse de perdre pied, son amour va croissant. Il touche presque son rêve : réaliser l’union de l’esprit et de l’amour, celle qui devrait achever le Faust qu’il est en train d’écrire.

Mais Jeanne, laissant ses rêves d’écrivain, cherche depuis quelque temps un avenir dans l’édition. Elle lui annonce brutalement son prochain mariage, avec un éditeur, M. Denoël. C’est pour lui un « coup de hache », et la brutalité de la rupture lui fait comprendre qu’il n’était plus qu’un être vieux et inutile depuis longtemps pour elle . Valéry en tombe malade.

L’immense amour qu’il avait édifié en dévoilant le plus secret de son être, après s’y être refusé si longtemps, s’écroule. Ce désastre le tue, il en a une conscience nette. Le 22 mai 1945, il écrit un dernier poème qu’il ne lui enverra pas. C’est une plainte déchirante et lucide où Paul Valéry se laisse voir sans défense au moment de mourir (ci-dessous). Il meurt quelques semaines plus tard, le 20 juillet. Un orage tonnait à Paris.

« Une situation de roman tout banal s’est créée. Je ne me pardonnerai jamais cette avilissante défaite. Je finis cette vie en vulgarité, victime ridicule à mes propres yeux, après avoir cru l’achever dans un crépuscule d’amour absolu incorruptible et de puissance spirituelle reconnue par tous comme sévèrement et justement conquise. »

 

Lettre du 13 avril 1945.

Sources :

Paul Valéry, par Michel Jarrety, Fayard, 2008

Corona & Coronilla, éd. de Fallois, 2008

Longueur d’un jour sans vous, sans toi, sans Tu, sans Nous,
Sans que ma main sur tes genoux
Allant, venant, te parle à sa manière,
Sans que l’autre, dans la crinière
Dont j’adore presser la puissance des crins,
Gratte amoureusement la tête que je crains…
Longueur d’un jour sans que nos fronts que tout rapproche
Même l’idée amère et l’ombre du reproche
Sans que nos fronts aient fait échange de leurs yeux,
Les miens buvant les tiens, tes beaux mystérieux,
Et les tiens dans les miens voyant lumière et larmes…
Ô trop long jour… J’ai mal. Mon esprit n’a plus d’armes
Et si tu n’es pas là, tout près de moi, la mort
Me devient familière et sourdement me mord.
Je suis entr’elle et toi ; je le sens à tout heure.
Il dépend de ton cœur que je vive ou je meure
Tu le sais à présent, si tu doutas jamais
Que je puisse mourir par celle que j’aimais,
Car tu fis de mon âme une feuille qui tremble
Comme celle du saule, hélas, qu’hier ensemble
Nous regardions flotter devant nos jeux d’amour,
Dans la tendresse d’or de la chute du jour…

22 mai 1945

Georges Mathieu, Rouge