Madame de La Fayette
L'éclat et l'obscur
L'éclat et l'obscur
Jean-Sébastien Bach, suite pour luth en mi majeur (BWV 1006). Extrait du prélude. Luca Pianca.
La vie de Madame de La Fayette
Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, future comtesse de La Fayette, naît en mars 1634 à Paris. Sa famille appartient à la petite noblesse. A quinze ans, la jeune Marie-Madeleine est introduite à la cour. On prend soin de son éducation : elle apprend le latin, l’italien et fréquente les salons littéraires qui fleurissent à Paris. Mais un beau-père trop intriguant vient tout bousculer : en 1652, la famille est disgraciée et s’exile dans ses terres, en Anjou. Ce n’est pas un si grand malheur pour une tête si littéraire : Marie-Madeleine en profite pour approfondir ses connaissances, en correspondant notamment avec Gilles Ménage qui restera son ami toute la vie. En 1655, la jeune fille peut rentrer à Paris et se marie à 21 ans avec le comte de La Fayette qui l’emmène dans son château en Auvergne. Fin de partie ?
Le choix de l'écriture
Même si elle apprécie son mari et la vie à la campagne, Paris lui manque. Laissant son époux planter des choux, elle revient vivre dans la capitale et plonge dans la vie intellectuelle bouillonnante des années 1660. Encouragée et conseillée par ses amis (Ménage, Segrais, Madame de Sévigné, La Rochefoucauld), elle fait paraître anonymement La princesse de Montpensier en 1662. Après la mort brutale de son amie Henriette d’Angleterre en 1670, elle vit de manière plus retirée, travaille à l’écriture de Zaïde (1670) et enfin à La princesse de Clèves (1678), chef d’œuvre retentissant qui soulève enthousiasme et débats. Elle meurt en 1693, à l’âge de 59 ans.
« Madame de La Fayette est une personne unique, l’âme la plus droite, la plus noble et la plus tendre qui soit au monde. »
Madame de Sévigné, lettre du 17 mars 1671
Madame de La Fayette et son temps
Par sa position sociale, Madame de La Fayette n’avait pas à gagner sa vie. Elle aurait pu ne rien faire, prendre le thé avec ses amis ou rester sagement auprès de son mari en Auvergne. Mais Marie-Madeleine avait un grand appétit pour les lettres, et le XVIIe siècle voyait justement se multiplier les salons littéraires souvent animés par des femmes (Mme de Scudéry, la marquise de Rambouillet, Mme de Sablé…). Tout en ayant bénéficié d’une éducation approfondie sur le plan des humanités, elle a pu mettre à profit cette émulation intellectuelle pour construire son œuvre romanesque.
La cour et Port-Royal
Menacé dans son enfance par les intrigues des grands seigneurs du royaume, Louis XIV a tâché de réunir tous les ambitieux autour de lui pour contrôler les conspirations. Marie-Madeleine a très bien connu cette cour, véritable panier de crabes agité par la lutte pour l’élévation sociale, la magnificence et la galanterie. Elle en a aussi éprouvé la violence et les renversements spectaculaires, par la disgrâce momentanée de sa propre famille mais aussi par la trajectoire surprenante d’Henriette d’Angleterre dont elle était très proche.
L’œuvre de Madame de La Fayette porte également l’empreinte d’un courant spirituel très important au XVIIe siècle, le jansénisme. Selon cette tendance qui a fortement influencé son ami intime La Rochefoucauld, Pascal et Racine, l’homme se dupe lui-même sur ses bons sentiments. Nos instincts sont obscurs et mauvais. Seule la grâce peut nous sauver.
« Madame de La Fayette était fort d’esprit, fort politique, et fort capable de gouverner, si son sexe et sa santé lui en eussent laissé le moyen. »
Duc de Saint-Simon, Mémoires, tome I.
Sa place dans l'histoire de la littérature
Madame de La Fayette a joué un rôle essentiel dans l’évolution du roman. Au début du XVIIe siècle, les livres de ce genre littéraire se caractérisaient par des héros fortement idéalisés, une profusion d’aventures, le tout dans un contexte historique assez flou, le plus souvent lointain et fantaisiste (par exemple L’Astrée, d’Honoré d’Urfé, Cassandre de La Calprenède).
Parues en 1656, les Nouvelles Françaises de Jean Regnault de Segrais (plus tard secrétaire de Madame de La Fayette), avaient amorcé une évolution en donnant aux récits un cadre national et contemporain. Prenant cette idée à son compte dans La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette se réfère à un environnement historique et social précis, proche dans le temps et dans l’espace : la cour du roi Henri II en l’année 1559. Le scénario est simple, le style est épuré et la narration se concentre sur les sentiments d’une figure dominante (la princesse). C’est la naissance du roman d’analyse psychologique. Il ne s’agit plus de disserter ou de distraire, mais d’explorer la condition humaine à travers un personnage, dans un environnement social déterminé. Stendhal, Dostoïevski, Proust et Henry James en prendront de la graine !
Le plaisir de lire Madame de La Fayette
L’écriture de Madame de La Fayette s’apparente à l’art du cavalier ou du torero : il s’agit d’imposer un rythme et une élégance à un être émotif, puissamment musclé et sexué. Rien de plus difficile ! C’est ce que l’auteure réussit parfaitement d’un bout à l’autre de La Princesse de Clèves, en tenant sous sa main les fureurs, les frustrations et l’agitation intérieure des personnages. Ses œuvres précédentes (La princesse de Montpensier, Zaïde) n’atteignent pas encore à cette réussite parfaite.
L’intensité du contraste entre l’éclat de la cour et le sombre silence de la princesse de Clèves, sa fragilité d’adolescente projetée dans un monde d’émotions nouvelles (n’oublions pas qu’elle a 15 ou 16 ans !), sa soif d’absolu et de transparence dans un monde dominé par le mensonge, le lien extrêmement fort qui l’attache à sa mère, ses labyrinthes intérieurs, sa vulnérabilité, son intransigeance finale, font du roman un chef-d’œuvre qui reste longtemps dans la mémoire du lecteur et qui fait naître en lui une foule d’interrogations. Trois cent cinquante ans après sa parution, La princesse de Clèves continue à susciter des débats passionnés !
« La Princesse de Clèves est le premier roman qui ait mis dans nos lettres la vérité des sentiments et l’analyse du cœur. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Livre II, ch. 9
Extraits
Même si le style de Madame de La Fayette a apporté plus de simplicité et de concision dans le genre romanesque tel qu’il se pratiquait en son temps, il peut dérouter un peu le lecteur du XXIe siècle qui doit s’accoutumer aux fréquentes hyperboles, litotes et doubles négations. Et si l’on n’est pas familier avec le XVIe siècle, une édition scolaire est préférable pour s’aider à se repérer dans la foule de personnages qui peuple les premières pages du roman.
La princesse de Clèves
Une jeune femme éblouissante et bien née paraît à la cour (la future princesse de Clèves). Elle a 16 ans et se prépare à vivre une vie comme il faut. Deux forces feront de son existence un drame : la passion de la vérité et la passion amoureuse.
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Un coeur inaccessible
La princesse de Clèves - Partie I
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Apparences
La princesse de Clèves - Partie I
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Sancerre malheureux
La princesse de Clèves - Partie I
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Déclaration voilée
La princesse de Clèves - Partie II
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Visite nocturne
La princesse de Clèves - Partie IV
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Soliloque
La princesse de Clèves - Partie IV
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Mort de M. de Clèves
La princesse de Clèves - Partie IV
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Conflits intérieurs
La princesse de Clèves - Partie IV
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Le refus
La princesse de Clèves - Partie IV
Histoire d'Henriette d'Angleterre
La nullité des médecins, l’indélicatesse des confesseurs, le soupçon du poison, rien ne manque dans la mort tragique d’Henriette d’Angleterre âgée de 26 ans, à laquelle Madame de La Fayette a assisté de bout en bout. Un récit terrible que nous avons choisi de reproduire presque in extenso (10 pages).
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La mort terrible d'Henriette d'Angleterre
Histoire d'Henriette d'Angleterre
Les œuvres de Madame de La Fayette
Nouvelles
La Princesse de Montpensier (nouvelle, publiée sans nom d’auteur). 1662
La Comtesse de Tende (nouvelle publiée après sa mort). 1720
Romans
Zaïde (publié sous le nom de Segrais, secrétaire de madame de La Fayette). 1670
La Princesse de Clèves (publié sans nom d’auteur) 1678
Chronique historique
Histoire d’Henriette d’Angleterre. (publié après sa mort, en 1720)