Baudelaire – Les Phares
Les phares Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse, Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ; Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux sourisTout chargé […]
Baudelaire – Correspondances
Correspondances La Nature est un temple où de vivants piliersLaissent parfois sortir de confuses paroles ;L’homme y passe à travers des forêts de symbolesQui l’observent avec des regards familiers. Comme de longs échos qui de loin se confondentDans une ténébreuse et profonde unité, Vaste comme la nuit et comme la clarté, Les parfums, les […]
Baudelaire – L’albatros
L’albatros Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipagePrennent des albatros, vastes oiseaux des mers,Qui suivent, indolents compagnons de voyage,Le navire glissant sur les gouffres amers. À peine les ont-ils déposés sur les planches,Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,Laissent piteusement leurs grandes ailes blanchesComme des avirons traîner à côté d’eux. Ce voyageur […]
Ronsard – Je n’ai plus que les os
« Je n’ai plus que les os… » Je n’ai plus que les os, un squelette je semble, Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé, Que le trait de la mort sans pardon a frappé, Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble. Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble, Ne me sauraient guérir, leur […]
Ronsard – Quand vous serez bien vieille
« Quand vous serez bien vieille… » Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demi sommeillant, Qui au […]
Ronsard – Contre les bûcherons
Contre les bûcherons de la forêt de Gâtine … Ecoute, Bûcheron, arrête un peu le bras ! Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas : Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur Pour […]
Ronsard – Comme un beau pré
« Comme un beau pré… » Comme un beau pré dépouillé de ses fleurs, Comme un tableau privé de ses couleurs, Comme le ciel s’il perdait ses étoiles, La mer ses eaux, le navire ses voiles, Un bois sa feuille, un antre son effroi, Un grand palais la pompe de son Roi, Et un anneau sa perle […]
Ronsard – Hymne de l’été
Hymne de l’été L’amoureuse Nature était un jour fâchée De se voir sans rien faire, auprès du Temps couchée : « Il y a, ce disait, tant de siècles passés Que du Temps, mon mari, les membres sont cassés, Froids, perclus, impotents, la charge de ma couche ; … J’ai beau passer ma main très délicate et blanche […]
Ronsard – Les armes
Les armes … Une balle qui bruit si haut au déloger, Qui court si tôt par l’air, que la terre en chancelle, Que l’enfer s’en crevasse, et prend clarté nouvelle, Que la mer en tressaut, et la voûte des cieux, En craquetant se rompt dessous le pied des Dieux. De quel genre de mort était […]
Ronsard – Je voudrais bien richement
« Je voudrais bien richement jaunissant… » Je voudrais bien richement jaunissantEn pluie d’or goutte à goutte descendreDans le beau sein de ma belle Cassandre,Lors qu’en ses yeux le somme va glissant. Puis je voudrais en taureau blanchissantMe transformer pour sur mon dos la prendre,Quand en avril par l’herbe la plus tendreElle va, fleur, mille fleurs ravissant. […]