Littérature française

Le maître de la nouvelle

La vie de Guy de Maupassant

Des débuts laborieux

Guy de Maupassant est né en aout 1850 au château de Miromesnil en seine-maritime. Sa mère est une tête littéraire et mélancolique, son père est un homme volage et dépensier : le couple se sépare au bout de quelques années. L’enfant passe beaucoup de temps avec les jeunes paysans, canote et gambade dans la campagne normande. Il part pour le lycée, puis s’engage comme volontaire dans l’armée française pendant la guerre de 1870. Après la défaite, il entre au ministère de la marine, puis au ministère de l’instruction publique. Il s’y ennuie considérablement : toute son ambition est d’écrire, et de vivre de sa plume. Sa mère se souvient que son défunt frère avait pour meilleur ami Gustave Flaubert. Elle lui demande son appui pour faire progresser son fils et en faire un écrivain. Flaubert prend son rôle à cœur et bientôt se noue une relation de maître à disciple, où engueulades et embrassades ne manquent pas, finalement couronnée par l’enthousiasme du maître à la lecture de Boule de Suif, un « chef d’œuvre », « qui restera », selon Flaubert.

La réussite

Comme l’avait prévu Flaubert, la nouvelle rencontre un grand succès. Maupassant est lancé et ne s’arrêtera plus. De l’âge de 30 ans à 40 ans, il écrira 6 romans et plus de 300 nouvelles, qui trouveront un large public. Il devient riche, mène la grande vie tout en travaillant beaucoup, et s’achète même un voilier. Mais il est malade depuis longtemps, ayant contracté la syphilis à 27 ans. Son petit frère Hervé meurt à l’âge de 33 ans -dans un état de démence qui brise le cœur de Guy. A partir de 40 ans, en 1890, il lui est de plus en plus difficile de travailler : mal aux yeux, pertes de mémoire et de concentration. Il entre dans des crises de démence violentes. Désespéré, il tente de se suicider avec un coupe-papier. Il est finalement interné et meurt 18 mois plus tard de paralysie générale, dans un état d’inconscience apparente, en 1893.

« Je suis entré dans la littérature comme un météore, j'en sortirai par un coup de foudre. »

 

Propos de Maupassant rapporté par José-Maria de Heredia

Maupassant et son temps

Maupassant naît dans un romantisme finissant. Les écrivains de son temps cherchent à s’en dégager. Avec quelques confrères, qu’on appelle le groupe de Médan (notamment Emile Zola et les frère Goncourt), il veut faire atterrir la littérature : parlons de la réalité telle qu’elle est, et non telle qu’on voudrait qu’elle soit, ou telle qu’on la rêve ! C’est ce que l’on a nommé plus tard le mouvement du naturalisme.

Un écrivain à succès

Il est permis de penser que Maupassant est le plus talentueux de ce groupe de Médan. Il est en tous cas, avec Zola, celui qui rencontre le plus de succès : les journaux se l’arrachent pour faire paraître ses nouvelles en primeur. Cette reconnaissance n’empêche pas l’écrivain d’avoir la dent dure contre son époque, même en ce qui concerne la presse -qui a fait sa fortune. Quand on le relit aujourd’hui, on est frappé de sa lucidité vis-à-vis de son temps, concernant la place des femmes dans les lieux de pouvoir, au second plan mais essentielle, les rivalités dans le monde paysan, le pouvoir de la presse sur l’opinion, etc. : rien n’échappe au regard de cet écrivain qui ne se paye pas de mots.

« Mon ministère me détruit peu à peu. Après mes sept heures de travaux administratifs, je ne puis plus me tendre assez pour rejeter toutes les lourdeurs qui m’accablent l’esprit. J’ai même essayé d’écrire quelques chroniques pour Le Gaulois afin de me procurer quelque sous. Je n’ai pas pu. Je ne trouve pas une ligne et j’ai envie de pleurer sur mon papier. »

 

A Gustave Flaubert, 21 aout 1878

Sa place dans l'histoire de la littérature

Bien que très lu en France, on peut soutenir que Maupassant a plutôt fait une meilleure carrière à l’étranger que dans son propre pays, où il a toujours été considéré avec un peu de condescendance. En effet, Maupassant n’a pas innové, n’a pas pris de risques, n’a pas ouvert de chemins nouveaux. Il est, comme le dit Kléber Haedens, « un bon petit réaliste ». Ecrivain populaire, il est considéré comme un géant dans les pays où la littérature est populaire, en Russie par exemple, où sa place est au premier rang. De fait, il possède des parentés évidentes avec Tolstoï et Dostoïevski, -Dieu et la liberté en moins. Enfin, sa virtuosité dans le genre fantastique n’a pas tellement fait école en France, où ce genre est trop populaire pour n’être pas suspect aux yeux de la « grande littérature. »

Ainsi, son importance dans l’histoire de la littérature est assez paradoxale : assez faible au niveau des influences proprement littéraires, elle est immense par la place qu’il a tenu depuis toujours dans le cœur de ses innombrables lecteurs, en France et à l’étranger.

« Je ne discute jamais littérature, ni principes, parce que je crois cela parfaitement inutile. On ne convertit jamais personne »

 

A Paul Alexis, 17 janvier 1877

Pourquoi Maupassant est un écrivain extraordinaire

Maupassant a un talent de conteur tout à fait hors du commun. Même pour un écrivain de métier, ce n’est pas si courant, et surtout dans la littérature française, où savoir tenir son lecteur en haleine n’est pas la qualité la mieux considérée. Quel que soit le format, une nouvelle de quelques pages ou bien un roman, on ne s’ennuie jamais avec lui. Il possède au plus haut degré le sens du détail juste, mais aussi le sens du rythme. Et comme Marcel Aymé, il sait faire parler les paysans comme des paysans, les boutiquiers comme des boutiquiers, les femmes du monde comme des femmes du monde.

Autre qualité remarquable : il n’accable pas de son mépris les personnages qui agissent lâchement ou qui se déshonorent. La liberté n’existe pas dans son univers, et l’homme est avant tout une victime de lois naturelles tragiques et mal conçues. Et voici le miracle : malgré l’injustice naturelle, malgré la misère et les maladies et la bêtise, malgré la guerre -qu’il a vécue comme soldat, on sent que Maupassant aime la vie d’un amour entier, par le cœur et par les tripes.

« J’aime la largeur des horizons soudains qu’ont parfois les mélancoliques, comme j’aime la passion vraie et mordante et souvent étroite des charnels.

Pourquoi se restreindre ? Le naturalisme est aussi limité que le fantastique... »

 

A Paul Alexis, 17 janvier 1877

Maupassant signature

Extraits

Nouvelles

Romans

Récits

Œuvres principales

13 extraits à lire, à écouter et à télécharger

Nouvelles

1880

Boule de suif

Flaubert peut enfin être fier de son disciple : Maupassant est enfin arrivé à maturité. A la lecture de la nouvelle, il s’enthousiasme de ce « chef d’œuvre de composition, de comique et d’observation. »

1881

Une partie de campagne

L’éclairage de cette nouvelle célèbre donne aux êtres et aux choses cette tonalité propre à Maupassant : la vie si bête, la nature si belle et puissante, et nous entre les deux.

1881

Sur l'eau

Ses amis racontent que Maupassant prenait plaisir à les surprendre, à leur faire peur. Cette nouvelle est l’une de celle où l’auteur exploite cette veine fantastique où l’on sent à la fois le jeu avec la peur et l’angoisse réelle de la folie.

1883

Aux champs

La vie à la campagne, pour Maupassant, c’est d’abord la pauvreté, le travail éreintant, des relations entre les êtres marquées par la nécessité et le manque de pain.

1883

Les caresses

Maupassant n’est certainement pas un romantique. Il est attentif à considérer les choses telles qu’elles sont. Mais il est aussi profondément sensible, il sait tout ce qui passe de vital entre les êtres par le contact et la tendresse.

1883

Garçon, un bock !

Encore enfant, il est probable que Maupassant ait souffert de la mésentente profonde de ses parents. Ce récit d’une tragédie ordinaire montre la trajectoire d’un traumatisme affreusement banal.

1883

La main

Ce récit effrayant a une origine réelle. Maupassant avait sauvé de la noyade un poète anglais résidant sur la côte normande. Celui-ci l’invita à dîner chez lui pour le remercier et Maupassant remarqua, entre autres choses épouvantables, une main d’écorché accrochée au mur.

1886

Sauvée !

Comment se débarrasser d’un mari pénible ? Voici une méthode possible au temps où l’adultère en flagrant délit justifiait le divorce…

1887

Le horla

Chef d’œuvre incontestable dans l’art de l’épouvante, Le horla donne froid dans le dos lorsqu’on sait comment Maupassant tomba dans la folie quelques années plus tard…

Romans

1885

Bel-ami

Georges Duroy n’a pas de fortune personnelle, mais il a une belle moustache et un sexe qui visiblement plaît aux femmes. Il se servira d’elles pour gravir tous les échelons de la société. Un roman passionnant qui ouvre des perspectives étonnantes sur les relations entre les femmes et le pouvoir au XIXe siècle.

Récits

1888

Sur l'eau

Maupassant a passé beaucoup de temps sur son yacht Bel-Ami. Il aimait passionnément la mer, le voyage, et a écrit ses réflexions au cours d’un voyage en méditerranée.