L'amour et l'inconscient
Il semble parfois que Marivaux regarde les hommes comme un zoologiste observe les fourmis ou les suricates. Les sentiments qui nous paraissent naturels lui sont un sujet d’étonnement. Quels sont ces drôles d’animaux trahis par leurs affects et par leur langage ? Comment peut-on être à la fois si futile, si dramatique et si inconstant ?
Hélas ! la pauvre espèce ! elle est, pour qui l’examine, encore plus comique que haïssable.
(La Surprise de l’Amour)
Parmi toutes caractéristiques qui font des hommes une espèce à part, l’amour suscite particulièrement son intérêt. Pour saisir le sentiment amoureux au moment où il naît ou lorsqu’il cesse, Marivaux grossit la focale de son microscope. Ce dramaturge qu’on dit à tort superficiel est l’un des plus fins des plus concentrés qui soit. Que découvre-t-il ?
Au siècle précédent, les écrivains faisaient lutter l’amour contre une force extérieure : le despotisme du père chez Molière, la raison d’État chez Corneille, le tabou de l’inceste chez Racine. Dans la plupart des comédies de Marivaux, l’amour ne rencontre pas vraiment d’obstacles. Pourtant, il se déclare avec les plus grandes difficultés. Pourquoi ? Parce que les sentiments ont leur vie propre, indépendante du langage et même de la conscience. On aime souvent sans le savoir (ou en n’en voulant rien savoir), on croit aimer tandis que l’amour s’est déjà enfui. C’est cette disjonction fondamentale entre langage, conscience et sentiment que Marivaux découvre et explore avec délices.
Les masques
La parole, dit-on, a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. Marivaux pourrait ajouter : et pour masquer ses sentiments. Tous ses personnages ne veulent point avouer qu’ils aiment. Personne ne veut faire le premier pas, tout le monde veut savoir ce qu’il en est chez l’autre réellement, lui faire tomber le masque :
Ah vous voilà dans votre figure naturelle, je vous vois le visage à présent ; il n’est pas joli, mais cela vaut toujours mieux que le masque que vous portiez tout à l’heure.
(Le prince travesti)
Les masques sont là aussi pour débusquer la vérité. Si j’ai beaucoup d’argent, comment connaître les sentiments véritables de celui qui prétend m’épouser ? Ainsi, l’héroïne de La Fausse suivante se travestit en chevalier pour découvrir ce qu’il y a au fond de l’homme qui lui est promis. Il faut ruser.
Pour ruser, les hommes n’hésitent pas à utiliser ceu
Le XVIIIe est un siècle de masques et de déguisements. Les espions pullulent. Et dans cette époque sans poètes, le théâtre est roi.
Dans els pièces de Marivaux, les héros vont souvent à la recherche de l’amour derrière un masque. Dans la fausse suivante, l’héroïne se travestit en chevalier pour connaître les véritables sentiments de l’homme qui lui est promis. Il faut ruser. Car l’argent pousse les hommes à menytir (dit tristement Arlequin, qui s’en tire avec sa cosncience en avouant à ceux-ci qu’il les espionne pour ceux-là,e t réciproquement).
Il ya du Jacques le fataliste dans le prince travesti (scène Arlequin/Frédéric)
Hommes durs ! Vie atroce et laide d’ici-bas !
Ah ! Que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,
Quelque chose du cœur enfantin et subtil…
Sagesse
L'ordre social
L’ordre social
il y a une soumission d’arlquin au prince, d’hortense à sa maitresse, même dans l’ordre des sentiments.
L'authenticité/S'abandonner ?
Voilà une notion bien philosophique pour un dramaturge aussi léger.
Seul Arlequin qui dittout ce qui lui passe par la tête dans le prince travesti dit « Je vous aime »
Entretien de Robert Mallet avec Paul Léautaud. ORTF, 1951.