Marivaux
Les mots de l'émoi
Les mots de l'émoi
Concerto pour clarinette. Extrait.
La vie de Marivaux
Pierre Carlet (qui signera plus tard ses œuvres Marivaux) naît en février 1688 à Paris. Le père ayant acheté une charge de contrôleur de la monnaie, la famille déménage à Riom (Auvergne) quand le petit Pierre est âgé de 10 ans, puis à Limoges quelques années plus tard. Dès sa vingtaine, Marivaux écrit. Du théâtre, et quelques romans qui n’ont pas de succès. On envoie le jeune homme à Paris suivre des études de droit qui le passionnent peu, si l’on en juge par son assiduité aux cours. Il se marie en 1717, avec une femme assez riche prénommée Colombe. Trois ans plus tard, la banqueroute de Law appauvrit considérablement le jeune ménage. Marivaux collabore à des journaux comme le Nouveau Mercure, avant de lancer sa propre feuille de choux, Le Spectateur français. Surtout, il trouve la reconnaissance du public dans la comédie, à partir d’Arlequin poli par l’amour (1720). Pendant dix ans, la plupart des pièces de Marivaux seront des succès (La Fausse Suivante, l’Ile des Esclaves, Le Jeu de l’amour et du hasard).
Le public se lassera dans les années 1730. A cette époque, Marivaux fréquente le salon de la sulfureuse Madame de Tencin et se lance dans l’écriture de deux romans qu’il fait publier en feuilletons (La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu), sans toutefois les achever. Il est élu à l’Académie française en 1742 (au détriment de Voltaire, qui ne l’aimait guère). Comme il arrive fréquemment, cette reconnaissance institutionnelle marque aussi le début de la retraite pour l’écrivain, qui ne produira plus rien. On sait peu de choses sur les deux décennies qui suivent, si ce n’est que sa fille unique Colombe Prospère entre dans les ordres en 1746. Marivaux meurt en 1763, à l’âge de 75 ans.
« … en paraissant attentif, [Marivaux] écoutait peu ce qu’on lui disait ; il épiait seulement ce qu’on voulait dire, et y trouvait souvent une finesse dont ceux mêmes qui voulaient lui parler ne se doutaient pas. »
D’Alembert, Éloge de Marivaux
Marivaux et son époque
La triste et rigide fin de règne de Louis XIV s’achève en 1715 : au moment où Marivaux commence sa carrière d’écrivain, l’heure est à la gaîté dans le royaume de France. L’année suivante, la troupe des Comédiens Italiens est rappelée (elle avait été expulsée de Paris par Louis XIV). C’est un évènement décisif pour Marivaux : cette troupe vivante et libre permet à son théâtre de trouver sa juste incarnation. Les pièces sont jouées à la foire de Saint Germain (ci-contre) ou à la foire Saint-Laurent, devant des publics probablement très mélangés.
Le spectateur
Dans la querelle des anciens et des modernes qui se prolonge au début du XVIIIe siècle, Marivaux prend clairement le parti des modernes. Il se veut le spectateur de son temps et se moque des Grecs. C’est d’ailleurs le nom qu’il trouve au journal qu’il fonde (inspiré par The Spectator anglais) et dans lequel il scrute les passions françaises, l’hypocrisie sociale, l’inconstance de l’amour. De même, son théâtre agite et interroge les mœurs de son époque : pourquoi ne pas imaginer un monde où les femmes feraient les lois ? Où les esclaves seraient maîtres ?
« Marivaux lisait ses ouvrages avec une perfection peu commune, surtout dans les sociétés particulières, où il faisait sentir, par les inflexions délicates de sa voix, toute la finesse de sa pensée… »
D’Alembert, Éloge de Marivaux
Sa place dans l'histoire de la littérature
Au théâtre, Marivaux a tenté quelque chose de nouveau. Ses pièces ne ressemblent pas aux comédies de Molière, qui se concentrent sur un caractère donné (Le Tartuffe, Le Misanthrope, le Bourgeois Gentilhomme). Elles ne ressemblent pas non plus aux pièces baroques de la première partie du XVIIe siècle, saturées d’intrigues et de rebondissements. Les comédies de Marivaux sont simples et s’attachent à un seul sujet : la formation d’un couple. Ses personnages ne sont pas aussi approfondis que ceux de Molière, et on lui a reproché de faire un théâtre désincarné, un théâtre du langage. Mais c’est justement en quoi il rencontre les préoccupations les plus modernes, surtout en France où les penseurs donnent au langage une si grande importance (Sartre, Lacan, Merleau-Ponty)
Ses romans marquent une évolution sensible vers le XIXe siècle : Marianne et le paysan parvenu parlent à la première personne et évoluent dans un univers plus concret et plus situé que celui des romans précieux. En revanche, le développement narratif n’est pas son fort. Marivaux travaille avec un microscope.
Enthousiasme moderne et contemporain
Malgré le succès certain qu’il a rencontré au moins dans ses premières pièces, Marivaux passait en son temps pour un auteur assez secondaire. On le trouvait bizarre et un peu précieux. Voltaire l’accusait de couper les cheveux en quatre. Il a fallu attendre les romantiques de 1830 pour le redécouvrir : Musset s’en est certainement inspiré (On ne badine pas avec l’amour). Depuis 1950, Marivaux jouit d’une seconde jeunesse avec des adaptations inoubliables (…) peut-être récemment trop focalisées sur les mêmes pièces, notamment Le Jeu de l’amour et du hasard.
« La solennité des universitaires, la science pesante et circonspecte des critiques les entraîne d’emblée à négliger le plus libre et le plus vivant des répertoires, celui des Farceurs italiens et de la Foire. »
Claude Roy, Lire Marivaux.
Un écrivain extraordinaire
On ne l’a peut-être pas assez dit : Marivaux est un écrivain considérable. D’abord, parce que tout le XVIIIe siècle est en lui. Il a la couleur de son temps. Le théâtre de Marivaux est comme une conversation ininterrompue qui nous plonge immédiatement dans l’atmosphère d’une époque, sans chercher à imiter un modèle antique ou exotique. Mais il est bien plus encore.
Sans tambours ni trompettes, sans hurlements ni meurtres, Marivaux touche les cordes les plus sensibles du cœur humain. Ses œuvres ressemblent à ces concertos de Mozart dont on ne sait s’ils sont des fêtes ou des méditations. interroge plus qu’il ne donne des réponses.
Le plat ou la boisson
Vin rosé, bien frais.
L’écriture de Marivaux m’évoque la couleur rose. Le rouge sang de la passion est sans doute trop fort pour caractériser des personnages aussi inconstants (ce qui ne veut pas dire inconsistants). Le babil qui est la petite musique de son style est aussi celui de l’apéro.
Œuvres majeures
14 extraits à lire, à écouter et à télécharger
Théâtre
Romans
Journaux
Les œuvres majeures de Marivaux
Théâtre
Arlequin poli par l’amour (1720)
La Surprise de l’amour (1722)
La Double Inconstance (1723)
La Fausse Suivante (1724)
L’Île des Esclaves (1725)
La Seconde Surprise de l’Amour (1727)
Le Jeu de l’Amour et du Hasard (1730)
Les Fausses Confidences (1737)
L’Épreuve (1740)
La Dispute (1744)
Les Acteurs de bonne foi (1748)
La Colonie (1750)
Romans
Le Télémaque travesti (1717)
La Vie de Marianne (Inachevé. Publication de 1731 à 1742.)
Le Paysan parvenu (Inachevé. Publication de 1734 à 1735.)
Pharsamon (1738)
Journaux
Le Spectateur Français (de 1721 à 1724)
L’Indigent Philosophe (1727)
Le Cabinet du Philosophe (1734)