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Le XVIII° siècle

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1 octobre 2020

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Moyen-Âge

Dieu s'éclipse

Le siècle commence par des hivers terribles et la mort de Louis XIV. Il se termine par la grande révolution de 1789. Entre ces deux bornes, peu d’événements. Du point de vue intérieur, c’est assez tranquille. Pas de guerre à l’intérieur du territoire ou d’épidémie majeure.

Et pourtant, un monde nouveau est en train de fermenter. La fin du règne de Louis XIV, en 1715, qui s’était achevé dans un ordre moral étouffant, va donner suite à une sorte de libération mentale. Dieu étant mis entre parenthèses, on va beaucoup plus loin dans tous les domaines, pour le meilleur et pour le pire. On cherche de nouvelles bases au lien social, à la morale.

Des idées nouvelles dans un monde ancien

Les philosophes osent penser un monde sans Dieu, les physiciens expliquent, les ingénieurs fabriquent, on crée même une encyclopédie du savoir. Les débats portent désormais plus sur ce que l’on sait que sur ce à quoi l’on croit. Il y a dans l’air une sorte de détente morale.

Dans un contraste violent avec le XVIIᵉ siècle, les âmes sensibles se racontent, on parle de soi, on pleure beaucoup. Les écrivains s’engagent dans des chemins nouveaux (voir plus bas).

Mais en 1789, par l’influence conjuguée d’hivers difficiles, d’une fiscalité absurde et des idées nouvelles, la Révolution éclate : le peuple coupe son roi en deux et entend désormais être souverain. C’est le dix-neuvième siècle qui commence.

La langue française au XVIIIᵉ siècle

La langue française évolue considérablement à cette époque. Sous l’influence de la science d’abord : tous les mots en –graphie, –logie, –isme sont incorporés au vocabulaire. La phrase se raccourcit, se débarrasse de ses qui, duquel, de quoi excédentaires (comparer avec le style de Descartes par exemple au XVIIᵉ siècle). Elle devient sentimentale, avec Rousseau. Pleine d’esprit et de brillant avec Voltaire et Diderot. Elle ressemble un peu plus à celle que nous connaissons aujourd’hui.

Rompant avec le XVII° siècle qui, on s’en souvient, s’attachait à élaborer une langue pure, débarrassée des mots et tournures populaires, les écrivains des Lumières tendent à estimer que devant deux mots semblables, il n’y en a pas un mauvais et un bon, mais qu’ils ont chacun leur nuance propre : le tout est de faire preuve de finesse et de justesse.

Surtout, le français s’affirme comme langue de culture, comme le latin ou le grec l’ont été dans l’Antiquité. Au cours des siècles précédents, les écrivains étaient souvent enclins à considérer que, même si leur langue d’expression était le français, la culture véritable était grecque et latine. A présent, il y a plus d’assurance et de confiance en soi dans les esprits. Ils ont conscience de faire plus que gribouiller des commentaires dans les marges de l’Histoire. Leurs oeuvres ont une valeur et sont celles d’un temps nouveau. Les progrès scientifiques, les productions artistiques sont désormais le plus souvent associés au français.

Le XVIIIe siècle littéraire :

La fête et le combat

Entre l’atmosphère glaciale de la fin du règne de Louis XIV (mort en 1715) et le bouillonnement révolutionnaire de 1789, la vie littéraire française aura ouvert de nouvelles voies, rencontré des impasses, multiplié les tons et les styles, bouté le feu à l’Église, remué les cœurs, inventé l’opinion publique… Comment résumer ces bouleversements ?

Au fond, deux désirs majeurs dominent l’époque : un désir de s’amuser — avec les mots, les phrases, les idées et même les sentiments ; mais aussi un désir d’en découdre, car ce siècle est aussi une époque de combat pour de nombreux écrivains au service d’un idéal qu’ils cherchent en tâtonnant et surtout contre un ordre social ou des abus jugés insupportables.

Un siècle tonique

Extrait des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau (1735).

Opéra-ballet typique du XVIIIe siècle.

« FIGARO.

…Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus : du reste, homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu, perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes ; et vous voulez jouter !  »

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro

Place au jeu !

Après le succès de la tragédie classique du XVIIe siècle (Corneille et Racine), Voltaire a l’idée de reprendre la recette. Mais une tragédie sans sacré, c’est comme du vin sans alcool : quelque chose d’insipide et d’irritant. Son progressisme s’accommode mal du genre tragique, qui suppose un conflit intérieur sans issue, une impossible transgression. Les tentatives de ses contemporains ne sont pas plus convaincantes : quand une forme ne se renouvelle pas, elle se fane. Aussi les tragédies du XVIIIe siècle sont-elles aujourd’hui bien oubliées.

En revanche, le théâtre de cette époque brille dans ses productions plus ludiques, notamment celles de Marivaux (Les Jeux de l’Amour et du hasard) et de Beaumarchais (Le Mariage de Figaro). L’amour est un plaisir, une joie, un jeu. On est bien loin de Phèdre ! C’est encore dans une atmosphère plutôt enjouée que ce théâtre pose des questions nouvelles et embarrassantes : la place des femmes dans la société (La nouvelle Colonie) ou bien la place du mérite dans l’ordre social (encadré ci-contre).

A mi-chemin entre le théâtre et l’essai, les dialogues de Diderot (Jacques le Fataliste, L’Entretien entre d’Alembert et Diderot) font eux aussi fuser les raisonnements et les idées au rythme de conversations pétaradant comme des feux d’artifice.

Faire palpiter la sensibilité

Le roman fait une percée décisive au XVIIIe siècle, à travers les œuvres de Benardin de Saint-Pierre (Paul et Virginie) et de l’abbé Prévost (Manon Lescaut). La sensibilité, la tendresse, le cœur s’épanchent avec délices dans les confidences épistolaires de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, best seller du siècle.

Les drames de Denis Diderot (Le fils naturel, Le père de famille) se dénouent dans des scènes où la bonté de chacun éclate dans des embrassades baignées de larmes. Les bons sentiments et la vertu coulent à flots !

La tendresse

Scarlatti, extrait de la sonate K466. Piano : W. Horowitz.

L’essor de l’imprimé

Le livre connaît un développement important au XVIIIe siècle. Sa production ne cesse d’augmenter, si bien qu’à la veille de la Révolution on édite en France environ 2000 titres par an. De moins en moins de théologie, de nombreux livres de dévotion, une part croissante dévolue aux sciences, mais aussi à la littérature de voyage. On constate aussi une forte demande de livres rapportant les cancans de la cour !

Les périodiques ne sont pas en reste, puisqu’on en recense 80 en France en 1750, et 170 en Europe dont beaucoup sont rédigés en français.

L’affrontement
Antonio Vivaldi, extrait de Juditha Triumphans, RV644.
Emőke Baráth, soprano.

Faire de sa plume une épée

Sous la Régence, l’insolence et la critique pointent leur nez avec les Lettres Persanes de Montesquieu. « Le roi de France est vieux », fait-il dire à son voyageur venu d’Ispahan. Certains vont beaucoup plus loin. Dans les papiers du curé Meslier, on découvre une violente charge athée et précommuniste qui préconise d’étrangler les nobles « avec les boyaux des prêtres ».

Peu à peu, grâce au développement de l’édition légale ou illégale, ceux que l’on appelle les philosophes remettent en cause un certain ordre social et surtout le pouvoir de l’Église. L’autorité est vite débordée par les ruses permettant de diffuser les Contes de Voltaire, son Dictionnaire philosophique ou encore l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Dirigée avant tout contre les pouvoirs, cette tension polémique n’exclut pas les chamailleries entre écrivains ni même les haines définitives : aujourd’hui réunis et même face à face dans les souterrains du panthéon, Voltaire et Rousseau furent d’inconciliables ennemis idéologiques !

Faire une morale

Dans un monde où Dieu et la coutume prennent moins de place, quelle sera notre morale ? C’est une question qui traverse tout le XVIIIe siècle, et notamment l’œuvre de Diderot qui pose de singuliers problèmes dans le Neveu de Rameau ou dans Ceci n’est pas un conte.

SAINT-ALBIN.

Des pères ! Des pères ! Il n’y en a point… Il n’y a que des tyrans.

LE PÈRE DE FAMILLE.

Ô ciel !

Diderot, Le Père de famille, Acte 2, scène 6

Sous une apparence de légèreté, Voltaire déploie dans Candide une vision de l’histoire chaotique et tragique, où le salut consiste surtout à se faire un coin préservé de la folie des hommes. Mais pourquoi ne pas tirer d’autres conclusions ? Si Dieu n’existe pas, jouissons sans entrave de nos perversions. C’est ce que fait le couple parfaitement pervers inventé par Choderlos de Laclos dans Les Liaisons dangereuses, à travers un récit épistolaire à la fois glaçant et sensible, sans commentaires de l’auteur.

Extrait de la lettre 81 de Madame de Merteuil à M. de Valmont.

« Quand m’avez-vous vue m’écarter des règles que je me suis prescrites, et manquer à mes principes ? Je dis mes principes, et je le dis à dessein : car ils ne sont pas, comme ceux des autres femmes, donnés au hasard, reçus sans examen et suivis par habitude ; ils sont le fruit de mes profondes réflexions ; je les ai créés, et je puis dire que je suis mon ouvrage.»

 

Antonio Vivaldi, extrait de l’andante du concerto pour basson RV484.

Les réseaux européens

Les écrivains voyagent beaucoup au XVIIIe siècle. Chassé de Paris après avoir été bastonné par les gorilles d’un triste sire, Voltaire découvre en Angleterre des mœurs qui l’enchantent et Shakespeare qui le stupéfie. Persécuté sur le continent, Jean-Jacques Rousseau se réfugiera lui aussi outre-manche. Moins sociable que Voltaire, il se brouillera avec son hôte David Hume. Les philosophes anglais, Locke et Hume en tête, ont une influence considérable sur les intellectuels français et leurs livres font un tabac dans toute l’Europe.

Constituée de cantons autonomes, la Suisse est elle aussi une terre de liberté, et Voltaire s’installera pendant plus de vingt ans à la frontière pour pouvoir échapper d’un bond aux autorités françaises en cas de danger.

On voyage aussi pour le plaisir ou les affaires, en Espagne comme Beaumarchais (d’où Le Barbier de Séville) ou à Venise comme Rousseau. La sérénissime est d’ailleurs la ville natale de Casanova, aventurier qui parcourt l’Europe en tous sens avant de finir sa vie en Tchéquie.

Inédites en France, les œuvres séditieuses de Diderot sont adressées en exclusivité à une quinzaine de têtes couronnées d’Europe (Catherine II de Russie, la reine de Suède, le roi de Pologne par exemple). A la fin de sa vie, Diderot se rendit d’ailleurs chez l’impératrice de Russie (comme Voltaire chez Frédéric II de Prusse) pour lui apporter ses lumières et mettre en œuvre un projet de traduction de son encyclopédie en russe.

Les écrivains majeurs du XVIIIe siècle